mardi 26 janvier 2010

First Brother Van Rompuy inquiet pour l’économie flamande

Herman Van Rompuy, équivalent européen de Barack Obama, ne s’est pas encore affiché avec sa First Lady. Mais son frère Eric s’arroge déjà le titre de First Brother. Sur son blog, le frérot ne manque pas une occasion d’affirmer sa fierté familiale.
Il partage en outre au sujet de l’économie flamande le pessimisme que son aîné véhicule à propos de l’économie européenne. Herman pense que le modèle social européen court à sa perte sans des réformes permettant de libérer la potentiel de croissance (comprendre : flexibiliser le travail, travailler plus longtemps, baisser les charges, etc...).
Son frère Eric, actif à l’échelon régional, s’inquiète à son niveau. Dans son dernier billet, il évoque même "la fin du miracle économique flamand". Sur la RTBF, il a précisé que le problème n’est pas une question de compétitivité mais d’influence. "Un petit pays comme la Belgique ou une petite région comme la Flandre, dans une grande organisation multinationale, ne pèse pas assez et ils ferment où le pays est le plus faible". La dépendance vis à vis des investisseurs étrangers est "la grande faiblesse de la Flandre" qui manque de "petites et moyennes entreprises qui puissent croître au niveau européen ou mondial".
La déclaration est intéressante à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’elle sort de la bouche d’un flamingant de première catégorie, chantre de l’unilatéralisme flamand dans le dossier BHV. Reconnaître, comme il le fait, la fin d’une époque, c’est un peu admettre que la Flandre est la victime d’un phénomène historique comme l’a été la Wallonie, et par conséquent mettre un peu d’eau dans le vin du nationalisme flamand, qui se nourrit de stéréotypes sur le Wallon paresseux.
La déclaration d’Eric Van Rompuy, c’est aussi l’aveu que des petits Etats, comme la Belgique ou une éventuelle Flandre indépendante, sont démunis face à la diplomatie économique puissante déployée par la France ou l’Allemagne.
Les derniers soubresauts de l’économie belge (cession de Fortis à BNP, refus de Suez-Electrabel de payer les impôts réclamés par l’Etat, fermeture d’Opel Anvers, conflit à InBev...) montrent à suffisance que la perte d’un ancrage local des entreprises est synonyme de perte de contrôle, et souvent de pertes d’emploi.
A l’heure où les Etats reprennent en main les économies, c’est un peu le modèle belge d’une économie ouverte et libéralisée qui se craquèle...

Colonel Moutarde

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Quand Gainsbourg chantait le sionisme

Gainsbourg est partout ces jours-ci. Dans le film et les livres que lui a consacré Joann Sfar. Mais aussi dans un recueil exhaustif de ses textes entre 1950 et 1991, intitulé "L’intégrale et caetera", dont l’édition revue et augmentée vient de sortir en librairies.
Très complet, l’ouvrage permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’art de ce jongleur de mots de haut vol. Il offre aussi un éclairage sur des aspects moins connus de sa personnalité.
On y apprend notamment que Serge Gainsbourg a composé en 1967, en pleine Guerre des Six jours, une chanson patriotique en hommage à Israël, à la demande de l’attaché culturel de l’ambassade israélienne en France. La chanson a été traduite en hébreu et diffusée sur une radio israélienne. Ses droits ont même été reversés à l’Etat hébreux.
La chanson est par contre restée inconnue en France jusqu’en 2002, quand elle a été exhumée par un proche du chanteur, désireux de contre-balancer les raps aux accents jugés antisémites, alors que culminait la seconde intifada.
Le texte de Gainsbourg est sans ambiguité :

Oui ! Je défendrai le sable d’Israël
La Terre d’Israël, les enfants d’Israël
Quitte à mourir pour le sable d’Israël
La terre d’Israël, les enfants d’Israël

Je défendrai contre tout ennemi
La sable et la terre qui m’étaient promis

Voir cette vidéo (avec les images ad hoc...)




Colonel Moutarde

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vendredi 22 janvier 2010

Non, Yves Leterme n'était pas ivre

Il y a quelques jours, le Premier ministre Yves Leterme a rappelé à l'ordre son ministre des Pensions Michel Daerden qui s'était laissé aller à une certaine emphase dans une réponse à une question d'un sénateur qui fit l'objet d'un buzz bien senti. Yves Leterme a alors rappelé à M. Daerden que les ministres du gouvernement se devaient de rester digne. Le chef du gouvernement s'est senti obliger d'intervenir alors que l'image de Michel Daerden renvoyant à un certain esprit de la fête n'est pas bien perçue en Flandre.
Ce faisant, il faut savoir assurer ses arrières. Or, jeudi dernier, c'est Yves Leterme lui-même qui a glissé au perchoir du Sénat. Interrogé par le sénateur cdH Jean-Paul Procureur sur la situation en Haïti, M.Leterme s'est fourvoyé. Au lieu de lui répondre, le Premier ministre a répété à la tribune la question que venait de lui poser le sénateur Procureur. Le Premier s'est trompé de document. Sur les images, on voit dubitatifs, Jean-Paul Procureur et Francis Delpérée, se demandant ce qu'il convient de faire. Finalement, M. Delpérée monte à la tribune avertir le Premier ministre qui met un certain temps à comprendre, pour finalement s'excuser avant de corriger le tir. Ceci n'est évidemment pas bien grave. Mais cocasse après le rappel à l'ordre de Michel Daerden. Il y eut débat sur le potentiel arrosé. Aujourd'hui, c'est l'arroseur arrosé. Qui reste Ding!

Durum
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mercredi 20 janvier 2010

Quand la Belgique assassine une seconde fois Lumumba

En 2001, une Commission d'enquête parlementaire a reconnu que les autorités belges avaient joué un rôle dans l'assassinat le 17 janvier 1961 du Premier ministre congolais Patrice Lumumba. Dans la foulée des conclusions de cette Commission, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel avait annoncé que la Belgique participerait au financement d'une Fondation Patrice Lumumba destinée à soutenir le développement en RDC. Il annonçait un financement de 3,750 millions d'euros et une dotation annuelle de 500.000 euros.
Il y a quelques jours, à un an du cinquantième anniversaire de l'assassinat de Lumumba, son fils Roland Lumumba s'est exprimé dans la presse africaine pour dénoncer le fait que la Belgique n'a pas honoré ses promesses, sa fondation fonctionnant sur fonds propres.
Dans le budget de l'Etat, on ne trouve effectivement pas trace d'un seul centime d'euros versés à cette fondation. Dès 2002, des parlementaires s'en sont inquiétés. La réponse fournie à l'un d'entre eux par la ministre Annemie Neyts, adjointe aux Affaires étrangères, soulignant que l'urgence irait à la pacification du pays pouvait laisser présager cette situation. Pourquoi alors avoir annoncé ce financement en 2001? Et n'y a-t-il pas deux poids et deux mesures quand on sait qu'à la même période le gouvernement engageait les finances publiques en soutien aux activités économiques de l'homme d'affaires George Forrest?

Durum
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mardi 19 janvier 2010

James Bond contre Dr Flu?

Le professeur néerlandais Albert Osterhaus qui dirige un laboratoire de virologie au sein du Centre médical Erasmus à Rotterdam pourrait, aux côtés d'autres, avoir joué un rôle crucial lors du déclenchement de la pandémie de grippe A/H1N1 en janvier 2009. Ce professeur est l'un des experts clé de l'Organisation mondiale pour la Santé (OMS) et conseiller des gouvernements néerlandais et britannique. Son nom apparaissait déjà dans la littérature lors de l'émergence des virus H5N1 et SRAS.
Surnommé "Dr Flu", il s'est retrouvé au centre d'une enquête de la chambre basse du Parlement néerlandais en octobre dernier après des révélations de la revue de référence américaine Science Magazine selon laquelle il aurait joué sur les peurs pour favoriser ses propres intérêts commerciaux dans la mise au point du vaccin. Selon l'agence néerlandaise de presse ANP, plusieurs formations parmi les partis traditionnels se sont alors "demandées si le ministre néerlandais de la Santé Albert Klink ne prêtait pas une oreille trop favorable aux conseils d'Osterhaus, qui a noué des liens avec l'industrie pharmaceutique". Le parti chrétien du Premier ministre Jan-Peter Balkenende s'est interrogé quant à la crédibilité dudit Osterhaus étant donné "qu'il détient des actions dans une société qui fait de la recherche pour des vaccins" tandis que d'après la députée libérale néerlandaise Fleur Agema, M. Osterhaus "détient directement des parts dans une société pharmaceutique".
Par ailleurs, selon une dépêche de l'ANP qui date de septembre 2009, M. Osterhaus travaille un jour par semaine pour ViroClinics, une entreprise du centre médical Erasmus de Rotterdam, qui effectue de la recherche sur les vaccins, pour le compte des autorités néerlandaises et de l'industrie pharamaceutique. L'ensemble des firmes pharmaceutiques impliquées dans ce projet ont pu bénéficier des avis de ViroClinics relatifs à la grippe H1N1. Albert Osterhaus détient 9,9% des parts de ViroClincs.
D'après le quotidien néerlandais NRC du 3 janvier 2009, M. Osterhaus entretient de bonnes relations avec GSK, le producteur du vaccin Pandemrix.
Aux Pays-Bas, il avait rapidement plaidé la vaccinaton à deux doses qui s'est révélée dans plusieurs pays à l'origine de surcommandes de vaccins. Du coup, le pays s'est retrouvé avec un stock important de 34 millions de doses (GSK et Novartis). La situation a été la même en France qui en a commandé 94 millions.
Finalement, l'enquête du parlement néerlandais n'ira pas plus loin. Certains ont écrit que les liens trop étroits entre le ministre de la Santé et M. Osterhaus y ont contribué.
La question du conflit d'intérêts a pourtant le mérite d'être posée et à l'échelon international d'autres experts sont pointés du doigt. La directrice de l'OMS Margaret Chan a pris la décision en 2009 d'enclencher l'alerte pandémique H1N1 en vertu des conseils du Strategy Advisory Group of Experts dont Albert Osterhaus est un homme clé. Ce dernier est par ailleurs président du European Scientific Working Group on Influenza financé par l'industrie des vaccins. Tout cela apporte de l'eau au moulin de la suspicion.
L'OMS vient d'annoncer une enquête interne dont on ne devrait pas attendre grand chose vu que l'organisation est inter-étatique. Le Conseil de l'Europe mènera également une enquête.
Plusieurs pays dont la Belgique viennent de résilier une partie de leur commande à GSK. Officiellement sans contrepartie mais on connaît l'intérêt de l'industrie à maintenir ses bonnes relations avec les gouvernements, tantôt pour s'allier sur de futures politiques de vaccination tantôt pour s'assurer d'une réduction de charges sur la recherche. Par ailleurs, GSK est particulièrement intéressée par la résiliation qui, d'une part, lui permet de faire tourner son stock, en vendant du Pandemrix à l'Europe de l'est, d'autre part lui offre surtout de l'espace pour la mise en culture de futurs vaccins. C'est particulièrement le cas en Belgique où GSK est implantée.
Selon la banque JP Morgan, la pandémie H1N1 pourrait avoir apporté à l'industrie pharmaceutique des bénéfices de l'ordre de 7,5 à 10 milliards de dollars. GSK a annoncé cette semaine avoir engrangé près d'1,4 milliard de dollars grâce à son vaccin, au quatrième trimestre 2009. A quand la prochaine pandémie?

Durum
Cette piquante enquête, qui ne manque pas de sel, est également publiée sur http://www.boulettemoutarde.be/ en phase de test

vendredi 15 janvier 2010

Qui a vu Frédéric Daerden ?

Frédéric Daerden doit-il son succès électoral aux frasques de son père ? Il ne nous appartient pas de le dire, mais il faut bien reconnaître que Daerden Jr a obtenu un résultat plus qu'honorable aux dernières élections européennes. Avec plus de 70.000 voix de préférence, le fiston, qui n'était que cinquième sur la liste, a doublé Christiane Vienne et Patrick Moriau, respectivement troisième et quatrième, pour se retrouver sur les bancs du Parlement.
"C'est pour nous la reconnaissance du travail que nous faisons au sein de la population", avait-il alors déclaré, en référence au clan familial. Il avait ajouté: "C'est un résultat qui me motive pour m'engager dans le combat européen. Je me battrai pour défendre nos valeurs socialistes afin que l'Europe soit plus humaine et plus sociale".
Six mois plus tard, force est de constater qu'il a été moins actif au Parlement européen qu'à la confection de montages douteux visant à conserver des contrats publics pour son cabinet révisoral.
Où est passé Frédéric Daerden ? C'est la question qu'on se pose dans les couloirs de l'hémicycle où on le croise très rarement. En séance, ses interventions sont rares, très rares, extrêmement rares. En six mois, on lui a connu trois prises de parole en plénière. Contrairement à tous les autres eurodéputés belges (dont les activités sont détaillées ici), il n'a adressé aucune question écrite à la Commission, il n'a déposé aucune proposition de résolution. Et comme beaucoup d'autres, il n'a été chargé d'aucun dossier législatif. Bref, Frédéric Daerden ne fait rien.
Il rétorquera peut-être, s'il lit ce blog, que ses activités de bourgmestre de Herstal lui prennent trop de temps. Nous lui répondrons que son collègue socialiste Marc Tarabella est bourgmestre d'Anthisne et que cela ne l'empêche pas de mener une vie parlementaire (relativement) active à Bruxelles et Strasbourg.
Et si les activités professionnelles et maïorales de Frédéric Daerden l'occupent véritablement trop, nous lui suggérons de laisser la place - et les 5.000 euros plus nombreux défraiements qu'il touche chaque mois – à un suppléant qui saura certainement se montrer plus responsable envers l'électeur et le contribuable.

Colonel Moutarde

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mercredi 13 janvier 2010

Daerden, et caetera

Le débat politique a, probablement sous l’influence de nouveaux médias, de plus en plus tendance à se résumer à des oppositions de personnes voire des polémiques stériles au détriment des véritables enjeux de société. La dernière sortie de Michel Daerden au Sénat est révélatrice à cet égard. Le ministre intervient à la tribune à propos de l’avenir des pensions. Comme souvent, il a l’air hagard, un peu autiste (restons politiquement correct, loin de nous l’idée de stigmatiser), quitte à en jouer, la langue de Vondel le rendant d’autant plus détonnant. Sa logorrhée permet de masquer un débat aussi essentiel que celui de l’avenir des pensions : on sortira un "groen boek" puis un "wit boek". Version moderne de la langue de bois. Geert Lambert, lui-même devenu Groen !, pas encore Wit !, interrogeait le ministre et renchérit : ’au-delà de la rigolade, j’espère que le gouvernement ne brandira pas un feu rouge (rood licht) empêchant la sortie d’un nouveau wetboek’. On s’esclaffe. La N-VA ne pipe mot. Oui mais voilà. La séance est enregistrée et finit pas tourner sur les sites internet des médias avant d’aboutir au JT de la VRT. La N-VA réalise l’opportunité qui s’offre à elle et appelle les rédactions. Schandalig. Démission ! Le clown Daerden est (une nouvelle fois) au centre du débat. On tient un buzz. Etonnant. Quand Bart De Wever attaque Leterme au point de comparer son gouvernement à celui de Vichy car il est dépendant des francophones, c’est à peine si cela bourdonne dans les chaumières. Cela bourdonne à peine plus quand le même slimste mens s’en prend au bourgmestre d’Anvers qui présente des excuses à la communauté juive pour le rôle de la métropole durant la seconde guerre mondiale. On se souvient alors, quelques années auparavent, du ministre VU Johan Sauwens festoyant avec ses amis du Sint-MaartensFonds, ce rassemblement d’anciens du Front de l’Est. Bon, il avait démissionné. Il n’est plus aujourd’hui que député... CD&V, le parti du Premier ministre Yves Leterme qui a rappelé Michel Daerden à l’ordre après ses élucubrations sénatoriales. Oui mais Daerden a dénigré le parlement, lui ! En dan ? C’est probablement vrai et peu intelligent mais est-ce le premier à rire de cette assemblée croupion. C’est ce que fait (avec beaucoup moins de talent) Vincent Van Quickenborne, l’ex coming man, Guy Vanhengel, le zwanzeur de la commune du chicon, Didier Reynders, alias Mme la Marquise qui à l’opposition flamande rétorque lors de chaque intervention que tout est ’normaal’. Et on passera sous silence les prestations remarquées de Julie Neerlandez Neerlandez ou de Gisèle Mandaila Mandaila qui tenaient plus du cirque Pinder que de la démocratie représentative. A court et moyen terme, Daerden sort gagnant de ses buzz. Son côté amuseur public proche des gens le rend populaire. L’ex-"député à la Porsche" récolte les fruits partout où ils poussent. Peu importe s’il enfreint l’éthique et monte des stratagèmes lui permettant par moult détours de réviser un nombre impressionnant de parastataux en Wallonie derrière lesquels plane souvent son ombre. Alors ? Ce n’est pas une N-VA incapable de lever le nez de son caca collaborationiste qui est la plus à même de donner des leçons. Il revient aux observateurs politiques d’interroger le PS sur ce politique au bilan d’excellent gestionnaire, mais dont le travail législatif n’atteindra jamais les hauteurs d’un Roger Lallemand (avortement) ou d’un Philippe Moureaux (antiracisme) mal vieilli, et dont l’adhésion aux valeurs de la gauche progessiste est à tout le moins funambulesque. C’est aussi aux observateurs qu’il revient de relever l’absence de débat public sur l’avenir de nos pensions. Comment va-t-on financer le vieillissement ? Les revenus des plus pauvres seront-ils bientôt sacrifiés sur l’autel financier ? Que va devenir le premier pilier ? Est-il normal que l’Etat subventionne des piliers qui ne profitent qu’aux nantis et enrichissent les fonds de pension ? Le PS se contentera-t-il de rire avec l’homme à la Porsche qui nous promet un Groen boek et un wit boek ? A quand un ’grand accord’ ? En buzz !

Durum

Un beau jour pour la démocratie parlementaire en Europe

Le 12 janvier fut un beau jour pour la démocratie parlementaire en Europe. A tous les niveaux de représentation (national, supra-national, régional), des élus ont exercé pleinement leur rôle de contre-poids face aux exécutifs.
Au niveau de l'UE, le Parlement s'est lancé dans un vaste exercice de contrôle des membres de la Commission Barroso II. Chacun des 26 candidats doit se soumettre à trois heures de questions sans complaisance sur son parcours, ses compétences, sa connaissance des dossiers. Si le candidat belge Karel De Gucht s'en est sorti avec les honneurs, il n'en a pas été de même pour la Bulgare Roumiana Jeleva, durement cuisinée sur des allégations de déclaration mensongère. Elle risque aujourd'hui d'être renvoyée à Sofia, comme l'avait été l'Italien Rocco Buttiglione en 2004 pour des propos homophobes. Sans nier le déficit démocratique dont continue de souffrir l'Union européenne, on ne peut qu'admirer cette procédure de contrôle individuel des membres de l'exécutif, nettement plus rigoureuse que la sélection des ministres dans les gouvernements nationaux.
Au niveau national, le contrôle démocratique semble en passer de censurer l'une des pires manoeuvres de la décennie: la manipulation des opinions publiques en vue de l'invasion de l'Irak. Au Royaume-Uni, la commission d'enquête sur le sujet a questionné pendant cinq heures Alastair Campbell, l'ancien spin doctor de Tony Blair, accusé d'avoir inventé que Saddam Hussein était capable de déployer des armes de destruction massive (AMD) en moins de 45 minutes. Il a peiné à convaincre et l'étau se resserre désormais autour de Tony Blair.
Au Pays-Bas, une commission indépendante a publié un rapport selon lequel le Premier ministre Jan Peter Balkenende s'est engagé "les yeux fermés" dans le conflit au nom des relations transatlantiques.
Enfin, au niveau régional, la ministre bruxelloise de l'environnement, Evelyne Huytebroeck a été rudement malmenée en commission pour sa gestion du dossier Aquiris. La ministre, qui s'en prend à la société depuis des semaines (à juste titre, avions-nous souligné ici), a menti en prétendant qu'elle n'était pas au courant du risque de fermeture de la station d'épuration de Bruxelles-Nord. Une faute grave, qui méritait une réponse parlementaire adéquate.
Oui vraiment, le 12 janvier fut beau jour pour la démocratie parlementaire...

Colonel Moutarde

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lundi 11 janvier 2010

Le retour de la morale dans le sport ?

Avec le retour de Kim et Justine sur les courts, c’est tout un pays qui s’intéresse à nouveau au tennis féminin. Le sport était tombé dans un oubli relatif depuis deux ans, le Belge moyen peinant à distinguer entre toutes ces joueuses russes aux noms en -a, tellement moins excitantes que nos deux starlettes nationales. Leur retour gagnant, magnifié par une finale pleine de rebondissements à Brisbane, signe aussi la remise en branle d’un mythe national, avec tout l’attirail idoine. Pour l’occasion, la RTBF a sorti du placard ses spécialistes du tennis, entièrement acquis aux deux championnes, qu’ils louent à longueur de match avec moults commentaires béats, voire idiots. Le retour de Kim et Juju à la télé, ce fut aussi le retour de l’usage impropre de l’adjectif "moral". Quelqu’un pourrait-il indiquer à nos vaillants commentateurs qu’en dépit de l’admiration qu’ils vouent aux deux joueuses, aucune d’entre elle ne peut prendre "un avantage moral" sur l’autre, ni "prendre le dessus moralement" ? On parlera, messieurs, plus correctement d’avantage psychologique, en laissant la morale et l’éthique en dehors des courts.

Colonel Moutarde (aka Maître Capello)

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vendredi 8 janvier 2010

La première semaine forte en symboles de Van Rompuy

Ce vendredi s'achève la première semaine officielle d'Herman Van Rompuy dans ses fonctions de président du Conseil européen. Fidèle à son habitude de discrétion, l'ancien Premier ministre belge n'a pas défrayé la chronique avec des déclarations fracassantes. Mais cet amateur de haïku sait aussi l'importance du non-dit, des symboles.
En matière de symbole, il a frappé fort en effectuant sa toute première sortie, lundi matin, à la Bourse de Bruxelles, où il a fait sonner la cloche en déclarant que 2010 serait un meilleur cru financier que 2009. Doit-on comprendre qu'il place les soucis des actionnaires au coeur de ses priorités ? Est-ce à la lumière de cet optimisme boursier qu'il faut interpréter son dernier haïku, posté mercredi sur son blog ?

De lente hoor je (On entend le printemps)
in de bries in de bomen. (dans la brise dans les arbres.)
De wintersneeuw kraakt. (La neige d'hiver craque.)

Jeudi, le président du Conseil a effectué une sortie commentée en Bavière, où il s'est exprimé devant la section locale du parti démocrate-chrétien CSU. Le même parti venait d'approuver, quelques jours plus tôt, une résolution appelant à la fin des négociations d'adhésion de la Turquie. Faut-il y voir un message subliminal ?
L'intéressé s'en est défendu. "J'aurais pu aussi bien aller à une réunion du Parti socialiste en France ou de la Plate-forme Civique en Pologne, mais ils ont juste été plus lents à m'inviter que vous", a confessé Herman Van Rompuy à ses hôtes bavarois (voir son long discours ici).

Colonel Moutarde

lundi 4 janvier 2010

Grippe A: on vaccinera aussi les pauvres

Le gouvernement vient de décider d'offrir aux pays en développement, via l'Organisation mondiale de la Santé, 10% de son stock de vaccins contre la grippe A/H1N1. Bel effort de solidarité internationale ! Déjà l'an dernier, en pleine crise du lait, notre vaillant ministre de la coopération, Charles Michel, avait suggéré de refourguer la production laitière excédentaire aux pays du Sud. C'est du win-win, ça, ma petite dame! Tout le monde y gagne! Les pauvres auront 1. du bon lait (qui déprécie le prix de la production locale) et 2. plein de vaccins (pour une maladie en perte de vitesse). Le gouvernement belge pourra quant à lui 1. prouver qu'il fait quelque chose pour les producteurs laitiers (même s'il propose des solutions totalement sans fondement) et 2. jeter un voile pudique sur la décision absurde d'acheter 12 millions de doses de vaccins. Ah vraiment, ils ont bon dos, les pays du sud.
Pour remettre les choses en perspectives, quelques chiffres.Le budget total de la coopération belge tourne autour du milliard d'euros. Il grimpe péniblement pour atteindre enfin le seuil de 0,7% du PIB, une promesse datant de... 1970. S'il a fallu près de quatre décennies pour parvenir à l'objectif, le gouvernement n'a eu besoin que de quelques jours pour décider de verser une centaine de millions d'euros (soit donc 10% de l'aide au développement totale) aux compagnies pharmaceutiques pour développer un vaccin dont ni l'efficacité, ni l'innocuité et ni l'utilité n'étaient prouvées.
On peut même craindre que les dix millions d'euros distribués sous forme de vaccin se retrouveront, d'une manière ou d'une autre, dans les chiffres de la coopération, chiffres qu'ils pourront gonfler de manière bienvenue en ces temps de disette budgétaire. Ce serait bien le comble du cynisme.

Colonel Moutarde

vendredi 1 janvier 2010

Le bio et le halal, c'est un peu la même chose

Le lien entre nourriture et sacré s'était réduit à peu de choses sous nos latitudes. Il y avait bien une vague survivance du Carême et du vendredi, jour du poisson, mais chacun conviendra qu'ils appartiennent au folklore d'une Eglise catholique peu sourcilleuse en la matière. L'irruption de l'islam a ramené la question au premier plan: le ramadan, qui semble globalement bien suivi par la communauté musulmane, le hallal (licite), vaste appellation qui fleurit sur les enseignes des snacks bruxellois, voire le sacrifice du mouton. La culture séculière n'est pas en reste et, sous le couvert d'un souci environnemental, elle réinvente un nouveau lien entre le sacré et la nourriture qui prend des formes diverses et plus ou moins radicales. Le “bio” en est une des plus belles illustrations. D'abord apanage de boutiques ou d'échopes de marché qui avaient des allures de sanctuaire, il s'est répandu dans les étals des grands magasins. Un produit dans l'air du temps, bien sûr. Une façon de retrouver un âge d'or, fait de tarte de grand-mère, qui n'a jamais existé. Il a aussi ses affidés, rabbins hassidiques qui en observent scrupuleusement les commandements, aussi impératifs que la loi juive, pour se préserver des vicissitudes du monde moderne et assurer leur salut. Chez eux, le bilan carbone a remplacé la pesée des âmes au Jugement dernier; l'enfer n'est plus dans l'au-delà mais dans un futur relativement proche, quand les eaux auront recouvert la Terre. L'OGM est péché mortel, symbole par excellence de cette malbouffe contre laquelle il faut partir en croisade. La question mériterait de longs développements mais comment ne pas s'étonner de la hargne irrationnelle qui entoure l'un des fruits du progrès scientifique, sans laquelle nos conceptions dites progressistes n'auraient jamais vu le jour.. En soi, une culture transgénique, ce n'est ni bon, ni mauvais. Personne ne mourra foudroyé d'avoir avalé du maïs immunisé contre la maladie du pyrale. Non, le problème est ailleurs et renvoie à une question fondamentale: il n'est pas question de toucher à la Nature; elle est l'oeuvre de Dieu, dans le meilleur des cas, elle est notre Mère nourricière, dans le pire des cas, et nous sommes ses enfants au même titre que les animaux et les végétaux, pas davantage. Là, le bio, la souveraineté alimentaire, le végétarisme, etc. valent commandement, comme le halal ou le kasher. Aussi obscurs, imprégnés d'une théologie méticuleuse propice aux controverses entre les grands prêtres et aux faux-pas, aussi exigeants s'ils sont pris au pied de la lettre. Mais au contraire des deux premiers, ils remettent en cause la place de l'homme au centre du monde en renversant la perspective. C'est à la nature, dépourvue de parole au contraire de Dieu, qu'il faut se soumettre. Une rupture fondamentale avec l'hunamisme, initié par Abraham sacrifiant un mouton plutôt que son fils, et qui atteindra son apogée avec les Lumières.
En bref, Bio et halal, c'est un peu la même chose. En quelques années, la nourriture a retrouvé sa valeur sacrée mais de façon diffuse et dans une société opulente, oublieuse des disettes d'antan. L'impur est devenu malsain et malbouffe, symboles d'un mal-être aux contours flous, objet de peurs irrationnelles.

Mexicano