mercredi 9 décembre 2009

Pas d'Air Force One pour Van Rompuy

Si les Européens ont créé le poste de président du Conseil, qui vient d'échoir à Herman Van Rompuy, c'est pour répondre à la fameuse question du secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger: "Qui dois-je appeler quand je veux parler à l'Europe ?" - encore que, selon certains, l'intéressé ne se soit en fait jamais posé cette question.
Quoi qu'il en soit, quand les Ricains voudront parler à l'Europe, ils auront désormais un numéro de téléphone. Barack Obama appellera Herman Van Rompuy, tandis qu'Hillary Clinton sonnera Catherine Ashton.
De là à penser que la Rue de la Loi à Bruxelles accueillera bientôt une nouvelle Maison blanche, il y a un pas que nous nous garderons de franchir. Avec à peine 22 collaborateurs, Herman ne rivalisera pas vraiment avec Barack.
Dans ses déplacements officiels également, il devra composer avec les moyens du bord. Car contrairement aux présidents américains, qui parcourent le monde à bord de l'Air Force One, le président du Conseil européen n'aura pas d'avion privé. Il devra supporter, dans les vols de ligne, les touristes qui lui demanderont de prendre la pose à côté d'eux... A moins qu'il ne s'invite dans les avions de la force aérienne belge. A l'heure actuelle déjà, commissaires et autres dirigeants européens profitent des possibilités d'avion-stop offertes par ce transporteur pourtant notoirement peu fiable, que d'aucuns appellent toujours "Air Flahaut"...

Colonel Moutarde

vendredi 4 décembre 2009

Tabac dans l'horeca: Di Rupo a-t-il eu peur des libéraux? Serait-il moins à l'aise qu'il n'y paraît?

Le président du PS Elio Di Rupo en a surpris plus d'un, y compris dans son propre parti, lorsqu'il a invité sur son blog à s'écarter du projet inscrivant le principe d'une interdiction de fumer dans tout l'horeca à partir de 2012. Voté au Sénat, ce texte remettait en cause un compromis de la majorité acquis à la Chambre en vertu duquel le tabac serait interdit dans l'horeca en 2010 à l'exception des cafés n'offrant pas de restauration. Voulant aller plus loin en annonçant l'interdiction totale en 2012, les partis chrétiens avaient réussi, au Sénat, à convaincre le PS de laisser en plan les libéraux, plus pragmatiques. A la grande fureur du docteur Bacquelaine (MR), le texte était passé au Sénat via une majorité alternative, les écologistes défendant eux aussi l'interdiction totale.
Le projet doit encore repasser par la Chambre mais le président du PS Elio Di Rupo vient donc d'indiquer que son parti abandonne finalement l'idée d'annoncer à ce stade l'interdiction de fumer dans tout l'horeca dès 2012, flinguant ses troupes, du docteur Mahoux (PS) à la ministre de la Santé Laurette Onkelinx. Elio Di Rupo a-t-il eu peur des libéraux, de l'instabilité au sein de la majorité, ou de la réaction des clients des cafés populaires ou... des maisons du peuple? Officiellement, il a dit vouloir laisser le temps au secteur de se préparer, ne pas le mettre plus en difficulté sur le plan économique qu'il ne l'est aujourd'hui. Ce revirement du PS est à présent vécu comme une trahison au CD&V qui entend s'assurer de la loyauté de ses partenaires sur d'autres dossiers parlementaires où la majorité a des difficultés à apparaître unie: écoutes téléphoniques de la Sûreté, réforme des assises, recueil des données électroniques, autant de textes qui concernent le cabinet du ministre CD&V de la Justice Stefaan De Clerck. Déjà en difficulté sur les plans institutionnel et socio-économique alors qu'il est à peine réinstallé, le Premier ministre Yves Leterme a convoqué une réunion de concertation. Les partis de la majorité ont finalement décidé de faire débuter l'interdiction totale au 1er janvier 2014, soit 2 ans après la recommandation de la Commission européenne. Ils ne voteront donc pas en ordre dispersé. C'est dommage, on commençait à apprécier cette vague de parlementarisme digne des récentes frondes au sein de l'UMP au Sénat français (dont celle sur la TVA dans l'horeca). La particratie a vite repris ses droits.

Durum

mardi 1 décembre 2009

Guerre et foot

L'Irlande n'ira pas à la coupe du monde de football. La FIFA l'a clarifié ce mardi, coupant court aux spéculations les plus folles alimentées jusque par le Premier ministre Brian Cowen. Au lendemain de la main de Thierry Henry, en arrivant au sommet européen qui devait consacrer Herman Van Rompuy, M. Cowen avait fait monter la température en exigeant que le match controversé soit rejoué. Notoirement impopulaire, Brian Cowen avait sans doute trouvé trop belle cette occasion de se refaire une petite cote de popularité en faisant vibrer le sentiment national. Fort heureusement, celui qu'on surnomme Biffo (Big Ignorant Fucker From Offaly) n'a-t-il pas versé dans la diatribe anti-française. Normal, me direz-vous. Mais sans doute aussi révélateur de la pacification des esprits à l'oeuvre depuis longtemps en Europe...
Car au même moment, en Afrique, le même sport dégénérait en conflit ouvert entre l'Algérie et l'Egypte. La victoire de la première sur la seconde lors d'un match de qualifications pour la coupe du monde joué à Khartoum a allumé un feu de rancoeurs insidieusement attisé par les politiciens des deux pays. L'Egypte a rappelé son ambassadeur en Algérie. Les autorités algériennes ont répliqué en imposant une nouvelle taxe de 600 millions de dollars sur un réseau de télécom égyptien. La presse des deux pays s'est enflammée et même les fils du président égyptien Hosni Moubarak s'en sont mêlés. Gamal Moubarak, pressenti pour succéder à son père, a même déclaré que l'Algérie "aurait à souffrir des conséquences de la colère de l'Egypte". Bref, l'Union africaine a encore du chemin à parcourir - même si il n'y a pas eu, mort d'homme. Cela fut le cas en 1969 en Amérique centrale, quand un match de foot a carrément provoqué une brève guerre entre le Salvador et le Honduras, se soldant par des milliers de victimes.

Colonel Moutarde

dimanche 29 novembre 2009

Le Vlaams Blok Belang crève avant la fin de la Belgique

Il a beau hurler "België Barst!" (Que la Belgique crève!) depuis sa création en 1979 après l'échec des discussions institutionnelles du Pacte d'Egmont, le Vlaams Blok Belang, né des courants ultra-nationnalistes collaborationistes, condamné en 2006 pour racisme, a fini par imploser trente ans plus tard à la suite de querelles intestines.
Grandissant pas à pas, le Vlaams Blok a gravi les échelons jusqu'à ce dimanche noir du 24 novembre 1991 qui le vit avoir une importante poussée électorale, et ces élections régionales de 2004 qui en firent le premier parti flamand.
Parti d'extrême droite protestataire, le VB a fini laisser percoler, dans l'opinion public flamande, le sentiment qu'il n'était en rien un parti de gouvernance (il a fallu le temps).
Lancé par le colaborateur Karel Dillen, il a connu le succès grâce à des personnalités fortes telles Filip Dewinter, Gerolf Annemans ou Frank Vanhecke, rois du slogan populiste surfant sur l'angoise, la sécurité, l'immigré et un fort sentiment anti-Wallon. Mais à force d'ânonner, ces petits führers ont fini par se transformer en sinistres clowns et le parti a commencé à décliner.
Mais curieusement, ce ne sont pas les cordons sanitaires (médiatiques au début et politique) qui auront finalement été à la base de la déconfiture du parti d'extrême droite. En proie aux divergences de vue de ses principaux leaders aux egos surdimensionnés, c'est de l'intérieur qu'est venue le déchirement provoqué par une bimbo venue il y a quelques années de la N-VA, Marie-Rose Morel. Cette ex-Miss Flandre sut susciter une guerre des clans qu'elle alimenta par son talent (intellectuel et physique) à faire apparaître au grand jour les différences incarnées par tout ce beau monde.
Voyant arriver la déconvenue électorale, certains au sein du parti, dont l'actuel président Bruno Valkeniers, soutenu par son prédécesseur Frank Vanhecke et Marie-Rose Morel ont tenté de relancer la machine, en inscrivant le parti dans un canevas (soit-disant) plus fréquentable. Ce fut alors la guerre ouverte avec les radicaux Anversois emmenés par Filip Dewinter.
Confirmant l'implosion du parti, Frank Vanhecke, vient de claquer la porte de la direction du VB dont il est président d'honneur. Une page brune se tourne.

Durum

BHV: place au dialogue

Les lignes bougent sur le plan institutionnel. En quelques mois, le discours politique relatif à l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, dossier qui menace de mener la Belgique au chaos, a sensiblement évolué. Etat de la situation.
Grand vainqueur des élections législatives en 2007 le CD&V d'Yves Leterme n'a pas réussi à transformer l'essai après une campagne aux accents très communautaires. Après une série d'échecs dans la négociation de formation gouvernementale, la nouvelle génération chrétienne démocrate commence à entendre le discours des anciens CVP qui lui assurent qu'elle fonce droit dans le mur.
Yves Leterme commence sa métamorphose. Il largue la N-VA qui l'a aidé à gagner les élections de 2007 mais qui constitue un poids pour assurer la gestion de l'Etat.
Aux élections de 2009, le CD&V change de tactique. Il ne tentera plus de passer en force sur le plan institutionnel, adoptant la fameuse tactique Maddens (du nom d'un économiste de la KUL): la Flandre agira au maximum de son autonomie, laissant mourir à petit feu les francophones jusqu'à ce qu'ils viennent à leur tour pleurer une réforme institutionnelle.
Entre-temps surtout, le contexte économique a complètement changé la donne. La Flandre du quasi-plein emploi paie le prix fort d'une crise qui pèse sur ses anciennes structures économiques.
Dans sa réplique au débat relatif à sa mini-déclaration à la Chambre, Yves Leterme, redevenu premier ministre, souligne que le socio-économique sera 'la' priorité du gouvernement. Il ne pipe mot de l'institutionnel et de BHV que doit tenter de résoudre un poids lourd de l'ancien CVP, Jean-Luc Dehaene.
Au nom du CD&V, le député Hendrik Bogaert, jeune loup communautariste obtu, fait son mea culpa dans une interview au Soir. Il lance un appel au dialogue. Il en va notamment de la réputation de la Belgique à l'étranger, assure-t-il, évoquant la présidence belge de l'Union européenne au second semestre 2010 et la présidence permanente du Conseil européen assumée par Herman Van Rompuy.
Du côté francophone aussi, des lignes bougent. Depuis 2007, certains partis francophones affirment régulièrement qu'une réforme de l'Etat sera nécessaire et que le NON du cdH ou le OUI (mais en fait NON du FDF-MR) ne sera pas tenable à long terme. PS et Ecolo ont aussi indiqué que OUI BHV sera inéluctablement scindée à condition que les francophones de la périphérie y voient leurs droits confortés. A cet égard, le FDF a également subtilement corrigé son discours. A la tête du mouvement revendiquant l'élargissement de Bruxelles en contrepartie de la scission de la BHV, le FDF ne fait plus qu'évoquer le soit disant presqu'accord de 2005 qui prévoyait lui un élargissement... des droits des francophones en jouant sur les compétences en périphérie de la Communauté française.
Que conclure de toute cela? Que manifestement l'axe PS-CVP qui a géré la Belgique pendant longtemps jusqu'en 1999 semble reprendre forme, ce que semble avoir compris Ecolo. Que comme d'habitude le cdH est chèvre-choutiste, d'autant plus que contrairement au PS et à Ecolo, il conserve un petit électorat en périphérie.
Si le dialogue semble s'amorcer, les écueils restent importants. Que fera le MR-FDF, parti francophone le plus puissant en périphérie, qui risque de basculer dans l'opposition fédérale en 2011. Entendra-t-on l'Open Vld qui tente de se reconstruire, lui qui n'a plus voix au chapitre au nord du pays. Que fera Kris Peeters de la N-VA en cas d'accord (même sur un retour temporaire aux anciennes circonscriptions électorales, une solution qui si elle ne résoudra pas le problème politique BHV mettra un terme à son problème juridique en ce qu'elle permettra l'organisation sans souci des élections en 2011).
Bref, si on semble progresser, on pourrait s'apercevoir au printemps prochain que cette avancée n'aura permis qu'à tourner en rond et revenir au point de départ.
/Joost van den Vondel/Seul ne fait pas le printemps/Mais Pschitting Nu/ risque d'être le haïku.

Durum

vendredi 27 novembre 2009

Le parti populiste de Modrikameneke

Comme pouvait le laisser transparaître ses allures de tribun et son discours anti-politique, le parti populaire (PP) lancé par Mischaël Modrikamen et Rudy Aernoudt est un parti de droite dont le discours (programmatique?) tient du slogan.
"Les enfants n'appartiennent pas à la ministre de l'Enseignement mais à leurs parents", imposition des revenus professionnels soit disant "plus équitable" à 0, 19 et 29%, "sécurité partout", "justice efficace et rapide", "allègement des structures de l'Etat", "diminution de 62 à 22 du nombre de ministres".
C'est en matière d'immigration que le pépé laisse entrevoir son extrême droititude même si son discours très habile le préserve (à ce stade?) de pouvoir être classé parmi les partis racistes. Modrikamen and co ne sont pas (encore) comparables à cet égard à feu le FN belge et c'est peut-être là que se situe le danger. S'il parvient (mais parviendra-t-il vraiment?) à trouver pour son parti populaire des candidats populaires, peut-être séduira-t-il un nombre important d'électeurs qui le jugeront fréquentable. Car le populisme et le slogan ont la cote.
Il ne sera cependant pas difficile de répondre par des slogans aux slogans de ce nouveau chevalier blanc. Ainsi, si selon Modrikamen il revient aux étrangers de s'adapter à nos valeurs, il appartient à notre société d'inculquer aux "immigrés" nos "socles de belgitude" et il est du devoir de la collectivité de barrer la route aux "valeurs arriérées" que certains de ces "immigrés" véhiculent, il lui sera aisément opposable d'énoncer que c'est son combat d'arrière-garde en faveur d'un capitalisme outrancier qui véhicule des valeurs arriérées autant que le modèle sociétal qu'il prône, lui-même importé en (extrême) droite ligne d'une Amérique qui laisse pourtant, elle, poindre un début de perplexité par rapport à son évolution.

Durum

jeudi 26 novembre 2009

Traité de Lisbonne: vous avez dit plus simple ?

Quand, en 2001 à Laeken, les dirigeants européens ont entrepris de rédiger ce qui allait devenir le traité de Lisbonne, ils avaient en tête de rendre l'UE plus démocratique, plus efficace et moins compliquée. S'il rend l'Union un peu plus démocratique (avec l'extension des compétences du Parlement) et un peu plus efficace (avec l'extension du vote à la majorité qualifiée), le traité finalement adopté ne la rend vraiment pas plus simple à comprendre. C'est particulièrement le cas pour la présidence du Conseil, dont le fonctionnement deviendra encore plus byzantin.
Contrairement à une idée reçue, la nomination d'un président stable, en la personne d'Herman Van Rompuy, ne signifie pas la fin des présidences nationales tournantes. Car ce président stable, censé assurer plus de continuité aux travaux, ne dirigera que le Conseil européen, c'est-à-dire les réunions des chefs d'Etat et de gouvernement. Les formations inférieures du Conseil resteront quant à elles dirigées selon l'ancien système. Par exemple, le Conseil Ecofin sera dirigé au premier semestre de l'année par la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, puis par Didier Reynders au second semestre. Pas question donc de continuité accrue pour toutes les formations sectorielles, sauf pour les Affaires étrangères. Le Conseil "Relex" sera en effet présidé par Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante pour les politique extérieure. Vous avez dit plus simple, l'Europe ?
Les choses se compliquent encore quant on en vient au Conseil des Affaires générales, le CAG. Il s'agit d'une importante réunion de coordination politique. Pour l'instant, ce sont les ministres des Affaires étrangères qui y siègent. Quand ils ont fini leurs discussions, ils changent de casquette et s'occupent d'Affaires étrangères. Dans le jargon, cette double réunion porte le nom barbare de CAGRE – Conseil des Affaires générales et des relations extérieures.
L'idée originale du traité de Lisbonne était de diviser le CAGRE en deux. Organe transversal, le CAG aurait été présidé par le ministre national en charge des questions européennes, le Relex par le Haut représentant. Vous suivez ?
Et bien, il semble que ce découplage, relativement logique, n'a plus la cote. Premier pays à expérimenter le traité de Lisbonne, l'Espagne semble même en passe de le saboter complètement. La cause ? Les orgueils mal placés de quelques ministres puissants.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, n'a pas l'intention de rester les bras croisés pendant la présidence de son pays. Forcé d'abandonner la présidence du Conseil Relex à Catherine Ashton, il compte bien se rabattre sur le CAG. Pas question de laisser ce Conseil à un sous-fifre. Les Belges ont d'ailleurs pris la même décision, puisque ce sera le nouveau Vice-premier ministre en charge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, qui jouera ce rôle. Olivier Chastel, secrétaire d'Etat à l'Europe, a été relégué à l'arrière-plan.
Voilà qui rajoutera une couche de complexité à une nouvelle architecture qui n'en avait pas besoin. Une meilleure idée serait que chaque gouvernement se désigne un ministre pleinement compétent pour l'Europe. Il présiderait le CAG. Il pourrait aussi servir à mieux faire comprendre l'Europe aux citoyens. Le travail ne manque pas.
On notera enfin que dans tout ce bazar, la seule personnalité de premier plan qui ne jouera pas de rôle majeur pendant la présidence de son pays, c'est le Premier ministre. Avec Yves Leterme à nouveau à la barre en Belgique, certains pousseront sans doute un soupir de soulagement...

Colonel Moutarde