samedi 12 avril 2008

Documentaire de la RTBF sur Lizin: un arrêt sur image

Annoncée de longue date et avec fracas, l'émission de Patrick Remacle, de la RTBF, relative à Anne-Marie Lizin, a permis de découvrir une facette de la sulfureuse maïeure de Huy dans sa gestion locale au quotidien. Ce documentaire d'une bonne heure retrace 25 années de politique hutoise sous la férule de l'édile locale avec comme angle d'attaque, celui du pouvoir au service de ses administrés devenus parfois affidés et au service... d'elle-même. Vu sous cet angle, ce reportage de longue haleine donne l'impression d'un arrêt sur image au demeurant intéressant. On y évoque à la fois le don de soi de la première dame de Huy, le clientélisme, la générosité, l'hypocrisie, la séduction et l'autoritarisme de la bouillante bourgmestre qui a su faire de Huy une ville moyenne médiatisée par une gestion dynamique (permise grâce aux plantureuses rentrées de ses centrales nucléaires) mais également pointée du doigt pour ses excès aux conséquences budgétaires parfois douloureuses.
Au final, le sujet aurait parfaitement pu s'intégrer dans "Tout ça (ne nous rendra pas le Congo". Il a trait à une femme souriante, autoritaire, boulimique de pouvoir au service des autres mais également d'elle-même. Une femme politique ordinaire finalement qui à l'instar d'autres (ou d'hommes politiques) fait un boulot qui a ceci de particulier qu'il entraîne souvent autant de don de soi que de démesure. Mise sur la sellette, Mme Lizin ne se voit pas reprocher de ne viser le pouvoir qu'au service de son seul pouvoir.
A l'instar d'autres édiles locaux, elle use parfois de pratiques (clientélistes) qui sur le plan de l'éthique posent question. Son franc parler et son dynamisme font probablement qu'elle interpelle plus que d'autres. Et notamment son voisin Patrick Remacle, qui, après des années de filature, lui a consacré un documentaire à charge. La manière dont certains mandataires font de la politique peut susciter la réflexion. Prenons garde toutefois aux réponses simplistes que pourraient apporter certains chevaliers blancs, sachant que la meilleure sanction reste celle énoncée par l'électeur.

Durum

Une crise plus idéologique qu'institutionnelle

La crise politique que vit la Belgique depuis le 10 juin 2007 est plus idéologique que communautaire. Certes, il y a les résolutions du parlement flamand demandant une régionalisation importante de matières fédérales (emploi, santé, fiscalité). Certes, celles-ci s'inscrivent dans le cadre émancipatoire du mouvement flamand. Certes, lesdites résolutions ont été relayées en 2004 dans l'accord de gouvernement flamand puis au fédéral par les partis flamands, durant la campagne électorale de 2007 et durant l'après-élection.
Depuis, même si les revendications flamandes visant à obtenir des leviers pour encadrer l'économie nordiste restent fortes, les exigences se focalisent essentiellement sur l'emploi.
Les demandes régionalistes ont essentiellement été poussées au cours des derniers mois par le cartel CD&V/N-VA. Les chrétiens flamands ont trouvé ce filon durant leurs années d'opposition fédérale en vue de s'attaquer aux libéraux flamands à qui ils n'ont jamais pardonné de les avoir évincer du pouvoir en 1999 après un demi-siècle d'état CVP. Entre-temps a émergé au CD&V une nouvelle génération, plus "flamande" et non aguerrie à la gestion du pouvoir et au sens du compromis.
Depuis quelques semaines cependant, on a l'impression que ce qui a pu apparaître comme une crise institutionelle est en train de s'estomper pour mieux laisser entrevoir le véritable problème, idéologique, qui mine la Belgique.
Les observateurs politiques l'ont écrit et réécrit, avant le scrutin de 2007, chrétiens-humanistes et socialistes avaient prévu de se retrouver après huit années d'une alliance laïque qui, avec les libéraux, avait, dans un premier temps, permis de donner du souffle sur le plan éthique (dépénalisation de l'euthanasie, mariage homosexuel, légalisation de la recherche sur les embryons) mais a par ailleurs vu les caisses de l'Etat commencer à s'assécher.
Durant huit ans, les baisses de charges sociales répétées accordées aux entreprises ont entraîné un financement alternatif sans cesse plus important de la Sécurité sociale. D'importantes réformes fiscales ont par ailleurs été réalisées, essentiellement au profit de la classe moyenne supérieure et des revenus les plus riches ainsi qu'au bénéfice des entreprises. Or, les libéraux du nord et du sud, faisant cause commune, ont promis à l'électeur une nouvelle vague de réformes. Mais il y a un os. Aujourd'hui, les caisses de l'Etat sont vides.
Pendant ce temps, le CD&V a lui regoûté aux joies du pouvoir. Les cabinets ont été installés. Yves leterme est très vite rentré dans ses dossiers et semble endosser avec délectation sa fonction de premier ministre, faisant savoir urbi et orbi qu'il est le nouveau chef du gouvernement belge.
Après la crise de 2007 qui a accouché d'un gouvernement intérimaire, on annonçait le report du grand soir institutionnel à la fin mars. Fin mars, un gouvernement dit définitif a été mis en place, d'aucuns annonçant cette fois que le 15 juillet accouchera de la grande réforme voulue par le nord faute de quoi ce sera le clash.
Il apparaît aujourd'hui que le CD&V est en train d'opérer une rotation de 180°. Pour Yves Leterme, le 15 juillet n'est plus une date-butoir et l'institutionnel n'est plus la seule priorité des priorités. Un accord sur une régionalisation serait, selon lui, le signal que la Belgique avance vers cet état moderne auquel aspire la Flandre. M. Leterme a même indiqué que si le 15 juillet la N-VA venait à refuser, de mauvaise foi, de franchir une étape concrète qu'elle jugerait insuffisante, il lui faudrait en tirer les conséquences. Et Yves Leterme semble être suivi par son parti dont l'appareil a su imposer comme unique candidate à la présidence, Marianne Thyssen, une députée européenne qui, si elle est une partisane du cartel CD&V/N-VA, n'est pas une habituée du poto poto communautaire.
On sent bien pourtant que si l'enjeu est moins institutionnel qu'il n'apparaissait il y a quelques mois, le 15 juillet sera malgré tout l'occasion de vives tensions qui mèneront dans le pire des cas à un clash.
Depuis quatre mois, les libéraux doivent avaler des couleuvres. Le 10 juin 2007, le MR a réussi une formidable opération en devenant le premier parti en Wallonie et à Bruxelles et en repoussant le parti socialiste. Pourtant, il y a cinq mois, il a du accepter, la mort dans l'âme, le retour aux affaires du PS. Qui plus est, les caisses de l'Etat étant vides, les libéraux ne pourront mener cette nouvelle réforme fiscale d'envergure qu'ils avaient promise à leurs électeurs. Après les déboires des négociations orange bleue, cette situation ternit l'image libérale dans l'opinion publique et même si le MR reste premier parti francophone dans les sondages, il est pointé en recul.
L'annonce d'un contrôle budgétaire en juillet dans un contexte économique morose ne va faire qu'accroître la pression sur les libéraux qui craignent de se faire débarquer du gouvernement en juin 2009 (en cas d'élections anticipées couplées aux régionales). Le MR pourrait dès lors provoquer une crise dès juillet, sachant qu'il reste encore à ce stade le premier parti francophone et que le PS ne s'est pas remis, que du contraîre, de sa pantalonade de juin 2007. Plusieurs signes sont déjà annonciateurs de l'état d'esprit qui pourrait prévaloir. Le MR est le premier parti à être entré en campagne électorale. Officiellement pour les élections de juin 2009. Par ailleurs, pourtant très allié à l'Open Vld, le MR est celui qui insiste le plus sur sa non disposition à poursuivre des négociations institutionnelles faute de nomination des bourgmestre francophones de la périphérie. Le ministre de tutelle sur les communes flamandes, l'Open Vld Marino Keulen, reste lui tout aussi intransigeant sur sa volonté de ne pas nommer lesdits bourgmestres. Comme s'il y avait une alliance objective entre libéraux pour provoquer un cataclysme. A suivre car manifestement, l'heure n'est pas encore venue de se cacher sous son clavier.

Durum

mercredi 9 avril 2008

La démocratie est morte. Vive la démocratie

La Belgique est en train, à l'instar des autres Etats-membres de l'Union européenne, de donner assentiment au Traité de Lisbonne dans l'indifférence la plus complète de la population et de ses représentants. Ce texte important pour le devenir des institutions européennes et à travers elles pour les politiques qui en découleront suscite l'indifférence la plus totale.
Il y a un mois, le Sénat a organisé un après-midi de pseudo-débat dans un semblant d'enthousiasme, les parlementaires ayant eu une journée en Commission pour avaler 370 pages de documents, Traité et annexes incluses, y compris l'avis (critique du Conseil d'Etat). Autrement dit, ils n'ont pas lu tous ces documents. Rebelotte mercredi à la Chambre.
Le Traité de Lisbonne vise à insufler plus de démocratie dans les rouages européens. Pourtant, à ce stade, on peut se demander si la démocratie n'est pas en train de foutre le camp.

Durum

lundi 7 avril 2008

Euthanasie: le fossé est grand entre la loi et la pratique

L'histoire tragique d'un ami, euthanasié cette semaine après une tentative de suicide et un séjour de trois mois dans un semi-coma, m'a fait prendre conscience du fossé qui existe entre la loi et la pratique.
La loi pose des conditions très strictes au suicide médicalement assisté: 1. le patient est majeur capable et conscient au moment de sa demande; 2. celle-ci est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée et ne résulte pas d'une pression extérieure; 3. le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fait état d'une souffrance physique ou psychique constante.
Le médecin doit respecter des conditions très strictes, en informant le patient et en lui faisant remplir une déclaration très détaillée. En cas d'inconscience, celle-ci peut avoir été rédigée anticipativement. Le médecin qui a pratiqué une euthanasie doit enfin informer dans un délai de 4 jours une commission de contrôle.
Dans le cas de mon ami, pour autant que je sache, aucune des conditions n'a été remplie. Il n'était pas conscient et n'avait pas formulé le souhait de mourir de façon répétée. Sa situation médicale, bien que grave, n'était pas sans issue. La décision a été prise dans la précipitation par la famille proche, en n'informant que très sommairement ses autres connaissances.
L'objet de ce post n'est pas de condamner qui que ce soit, ni de faire de la morale à bon marché. Mais cette histoire jette pour moi une autre lumière sur les discussions relatives à l'assouplissement de la loi, alors que certains partis veulent autoriser l'euthanasie pour les enfants et les vieux en état de démence. Elle me fait douter un peu plus de l'impact réel des gesticulations politiques sur la vie réelle.

Colonel Moutarde

dimanche 6 avril 2008

Le manifeste du Front National belge fait froid dans le dos

Le Front National repris en main par le sénateur Michel Delacroix vient de publier son manifeste. Il fait froid dans le dos. Le parti d'extrême droite, qui se définit lui-même comme national-populiste, y énonce les lignes de force de son action centrée sur la famille traditionnelle, le rejet des homosexuels et l'encouragement des femmes au foyer, l'exclusion de l'étranger, et une politique autoritaire qui entend soumettre la question de la réinstauration de la peine de mort.
En ce qui concerne la famille, "il est contre-indiqué que les pouvoirs publics fassent l’éloge, la promotion et la publicité" d’autres états de vie que la famille classique composée d'un père, d'une mère et des enfants, "introduisant, par là, dans l’esprit du citoyen, le doute sur le caractère naturel et civique de l’union hétérosexuelle, de l’œuvre de procréation et d’éducation".
Le FN est, par ailleurs, d'avis que "nous assistons à la généralisation d’une première maternité de plus en plus retardée. Ce comportement, qui est le plus souvent justifié par le désir de perturber le moins possible la carrière professionnelle de la femme, est détestable sur le plan démographique, en même temps qu’il n’est pas recommandable sur le plan médical". Il prône un programme "d’aide très importante à la reconversion" de ces femmes.
En matière d'immigration, le Front National entend limiter au maximum l'accès à la nationalité, l'asile, le regroupement familial, s'oppose fermement aux régularisations et ne cache pas son ambition de revenir sur l'octroi du droit de vote accordé aux étrangers pour les élections communales. Il souhaite supprimer la loi contre le racisme, estimant qu'elle met à mal la liberté d'expression.
En ce qui concerne la sécurité, le FN plaide le renforcement de l'appareil policier et la capacité carcérale (de 50%). Dans l’exercice de leur fonction, les policiers impliqués dans des échanges violents bénéficieront d’une présomption de légitime défense, énonce le manifeste. Les autorités publiques n’hésiteront pas à encourager la création et le fonctionnement de «réseaux d’information de quartier» (groupements d’habitants qui s’organisent pour surveiller leur quartier en liaison avec la police), annoncent encore les Frontistes. L'âge de la majorité pénale serait abaissé à 15 ans.
Enfin, la question de la peine de mort doit être remise sur la table, estime le FN. Selon le manifeste, "cette question a toujours été traitée loin du peuple; nous proposons qu’elle soit réexaminée et soumise à referendum".
Heureusement, à ce stade, le FN reste l'héritier de groupuscules fascistes qui, contrairement à ce qui s'est passé en Flandre, n'ont jamais réussi à bénéficier d'une légitimité démocratique. Puisse ce panier de crabes en rester là.

Durum

samedi 5 avril 2008

Invest in Olivier Alsteens

Le moniteur belge du 1er avril (sic) publie la nomination d'Olivier Alsteens comme directeur général du service de communication externe au service public fédéral de la chancellerie du premier ministre. La nomination a été scellée par arrêté royal du 11 mars qui prend effet au 1er mars. La confirmation du libéral Olivier Alsteens à ce poste constitue un des derniers actes entrepris par Guy Verhofstadt.
Le moniteur précise qu'il peut être fait appel endéans les soixante jours après cette notification.
On se souvient qu'Olivier Alsteens, ancien porte-parole de Louis Michel aux Affaires étrangères, est sous le coup d'une procédure en annulation de sa nomination à ce même poste en 2002.
Les mandats des premiers managers désignés à l'époque peu après la réforme Copernic de la fonction publique commencent à venir à échéance. Celui de M. Alsteens venait à échéance le 1er mars.
Le Conseil d'Etat a annulé une série de nominations de topmanagers au motif que la procédure n'avait pas été suivie correctement. Ce fut notamment le cas pour Jean-Claude Laes aux Finances (certaines rumeurs font état de son retour prochain au même poste) ou de Georges Monard à la Fonction publique. Olivier Alsteens court également le risque de voir sa nomination annulée.
Les mandats de topmanagers pouvaient être reconduits en cas d'évaluation positive. On imagine que les festivités du 175ème anniversaire de la Belgique et des 25 années de fédéralisme ainsi que les campagnes Invest in Belgium auront suffi à juger positivement M. Alsteens. Ce dernier devra à présent composer avec son nouveau patron, le CD&V Yves Leterme. A quand les festivités pour l'an I du confédéralisme?

Durum

jeudi 3 avril 2008

Donne un poisson d'avril à un homme, il mangera une journée, apprends lui à pêcher, il mangera toute sa vie

C'est l'histoire d'un militant des droits de l'Homme africain venu se réfugier en Belgique, fuyant l'oppression dans son pays. Familiarisé aux subtilités de notre plat pays qu'il a eu l'occasion de connaître au travers de nombreuses missions qui l'ont conduit dans les arcanes du pouvoir, belge et européen, notre hôte y est installé depuis récemment.
Le traitement administratif de sa procédure d'asile l'a conduit au fin fond de la Flandre, dans une sympathique bourgade rurale. Un Noir au pays des Ardennes flamandes, de ses kermesses cyclistes, ses trapistes, son Wooncode, sa zorgverzekering, son inburgeringsdecreet.
Inburgeringswade? La Flandre dispose parmi ses outils oeuvrant à l'organisation d'une société harmonieuse, d'un décret qui vise à intégrer les nouveaux arrivants sur son territoire dans des parcours d'insertion à l'objectif louable. Quoi de plus naturel que d'offrir la possibilité à ces citoyens du monde de se familiariser avec la langue d'Hugo Claus et d'apprendre les subtilités du fonctionnement institutionnel local afin de s'intégrer au mieux dans la communauté accueillante.
On peut toutefois regretter le caractère coercitif de telles démarches qui faute d'être suivies entraînent de sérieuses amendes infligées à des personnes souvent déboussolées et certainement fragilisées. Le non suivi d'autres démarches visant à activer ces citoyens en devenir peut par ailleurs entraîner la suspension d'allocations sociales avec toutes les conséquences qu'on imagine. Notre hôte en a fait l'expérience avant de comprendre ce qu'on lui voulait au pays de Tijl Uylenspiegel. Depuis quelques mois, il commande sa Westvleteren en néerlandais matiné d'accent lingala, dispense les rudiments d'apprentissage aux institutions européennes qu'il pratique de longue date, à la place du titulaire ès insertion et donne des "keukenlessen" à son aréopage intégrateur, rompant le secret de préparation du poulet à la moambe. Tout cela avec le sourire.
L'histoire est belle. Pourtant, au final, on ne manquera pas d'éprouver plus qu'un sentiment de gêne à l'égard de pratiques qui en rappellent d'autres. Cette boulette d'avril n'est pas un poisson d'avril. S'il est de la responsabilité d'autorités publiques d'organiser la vie en société, la méthode de la carotte et du bâton n'est pas digne d'une communauté qui se veut civilisation.
Notre hôte a eu l'intelligence d'équilibrer le processus et de le ramener à ce qui devrait animer toute société qui se voudrait progressiste. Vivre ensemble, c'est partager des valeurs que l'on veut communément admises. Après une Westvleteren, rien de tel qu'une cuiller d'huile de palme. Pour tapisser.

Durum