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jeudi 26 novembre 2009

Traité de Lisbonne: vous avez dit plus simple ?

Quand, en 2001 à Laeken, les dirigeants européens ont entrepris de rédiger ce qui allait devenir le traité de Lisbonne, ils avaient en tête de rendre l'UE plus démocratique, plus efficace et moins compliquée. S'il rend l'Union un peu plus démocratique (avec l'extension des compétences du Parlement) et un peu plus efficace (avec l'extension du vote à la majorité qualifiée), le traité finalement adopté ne la rend vraiment pas plus simple à comprendre. C'est particulièrement le cas pour la présidence du Conseil, dont le fonctionnement deviendra encore plus byzantin.
Contrairement à une idée reçue, la nomination d'un président stable, en la personne d'Herman Van Rompuy, ne signifie pas la fin des présidences nationales tournantes. Car ce président stable, censé assurer plus de continuité aux travaux, ne dirigera que le Conseil européen, c'est-à-dire les réunions des chefs d'Etat et de gouvernement. Les formations inférieures du Conseil resteront quant à elles dirigées selon l'ancien système. Par exemple, le Conseil Ecofin sera dirigé au premier semestre de l'année par la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, puis par Didier Reynders au second semestre. Pas question donc de continuité accrue pour toutes les formations sectorielles, sauf pour les Affaires étrangères. Le Conseil "Relex" sera en effet présidé par Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante pour les politique extérieure. Vous avez dit plus simple, l'Europe ?
Les choses se compliquent encore quant on en vient au Conseil des Affaires générales, le CAG. Il s'agit d'une importante réunion de coordination politique. Pour l'instant, ce sont les ministres des Affaires étrangères qui y siègent. Quand ils ont fini leurs discussions, ils changent de casquette et s'occupent d'Affaires étrangères. Dans le jargon, cette double réunion porte le nom barbare de CAGRE – Conseil des Affaires générales et des relations extérieures.
L'idée originale du traité de Lisbonne était de diviser le CAGRE en deux. Organe transversal, le CAG aurait été présidé par le ministre national en charge des questions européennes, le Relex par le Haut représentant. Vous suivez ?
Et bien, il semble que ce découplage, relativement logique, n'a plus la cote. Premier pays à expérimenter le traité de Lisbonne, l'Espagne semble même en passe de le saboter complètement. La cause ? Les orgueils mal placés de quelques ministres puissants.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, n'a pas l'intention de rester les bras croisés pendant la présidence de son pays. Forcé d'abandonner la présidence du Conseil Relex à Catherine Ashton, il compte bien se rabattre sur le CAG. Pas question de laisser ce Conseil à un sous-fifre. Les Belges ont d'ailleurs pris la même décision, puisque ce sera le nouveau Vice-premier ministre en charge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, qui jouera ce rôle. Olivier Chastel, secrétaire d'Etat à l'Europe, a été relégué à l'arrière-plan.
Voilà qui rajoutera une couche de complexité à une nouvelle architecture qui n'en avait pas besoin. Une meilleure idée serait que chaque gouvernement se désigne un ministre pleinement compétent pour l'Europe. Il présiderait le CAG. Il pourrait aussi servir à mieux faire comprendre l'Europe aux citoyens. Le travail ne manque pas.
On notera enfin que dans tout ce bazar, la seule personnalité de premier plan qui ne jouera pas de rôle majeur pendant la présidence de son pays, c'est le Premier ministre. Avec Yves Leterme à nouveau à la barre en Belgique, certains pousseront sans doute un soupir de soulagement...

Colonel Moutarde

lundi 9 février 2009

Le gouvernement belge veut-il vraiment céder Fortis à BNP ?

Ce n'est plus de gaité de coeur que l'on spécule, certes, dans un monde financier tétanisé par la disparition de milliards de dollars et le suicide collectif de traders de Wall Street et de la City.
Que l'on permette néanmoins à l’auteur de ces lignes de spéculer un peu sur Fortis. Non pas sur l'action du bancassureur en déroute, mais sur la stratégie du gouvernement belge, à quelques jours d'un vote crucial.
En apparence, tout oppose le gouvernement et les actionnaires. En apparence, tout oppose l'Etat, dont les serviteurs défendent aujourd'hui avec véhémence l'intérêt des contribuables, et le preux chevalier Mischaël Modrikamen, protecteur des bons actionnaires/pères de famille. Modrikamen en veut à l'argent des contribuables, l'Etat s’y oppose, et garantit au même temps la stabilité de la banque grâce au soutien de BNP. Tout coïncide.
Mais pourquoi, alors, le gouvernement ne met-il pas les bouchées doubles pour convaincre les actionnaires, et notamment Ping An, préférant tabler sur des scénarios alternatifs ? Ne serait-ce pas parce qu’un vote négatif ne serait pas si catastrophique ?
C'est dans l'urgence que Fortis, fleuron financier belge, a été revendue à BNP. A l'époque, on craignait un effondrement total de la banque. C'était avant les garanties d’Etat, avant le sauvetage généralisé du système financier, avant la fin de la panique.
Aujourd'hui, alors que cette panique est (plus ou moins) dissipée, pourquoi l'Etat belge s'obstinerait-il à vouloir vendre Fortis ? Ne peut-on pas s’imaginer que le gouvernement défende le deal initial par bienséance vis-à-vis de la France, tout en tablant sur un vote négatif et un retour de Fortis dans le giron belge ?
Ce ne sont certes que les spéculations d'un non-initié, qui les laisse à votre sagacité.
Le scénario rejoint en tout cas la vision d'avenir du secteur bancaire défendue par l'ancien administrateur-délégué de Dexia, Axel Miller. L'homme dont certains spéculent sur la reconversion en politique (au PS?), plaide aujourd'hui pour une régulation drastique et prône le retour à des petites banques nationales, qui ne seraient plus cotées en bourse.
Enfin, ce ne sont que des spéculations. Les marchés, eux, achetaient en tout cas du Fortis aujourd'hui, puisqu'à l'action a enregistré une petite progression de 0,4% à la cloche, après avoir chuté de 10% dans la matinée. Y a-t-il des informations dont nous ne disposons pas ?

Colonel Moutarde

dimanche 4 janvier 2009

Le cdH sort renforcé après le remaniement du gouvernement

Petite anecdote en ce début d'année pauvre en scoops en dépit de nouveaux tumultes qui viennent d'accoucher d'un nouveau gouvernement désormais conduit par le très sérieux Herman Van Rompuy.
Un simple exercice de réminiscence et de logique nous permet d'écrire que Joëlle Milquet vient de renforcer le poids de sa formation au sein du gouvernement et singulièrement au kern, lieu secret où se prennent les décisions les plus importantes.
Nouveau vice-Premier ministre CD&V en remplacement de Jo Vandeurzen (comme vice-Premier), le Bruxellois Steven Vanackere s'est présenté sur une liste cdH aux dernières élections communales à la ville de Bruxelles. Comme les autres candidats de la liste emmenée par la patronne démocrate-humaniste, M. Vanackere avait d'ailleur dû confirmer sa loyauté fédérale. Il est ensuite devenu échevin flamand à Bruxelles avant de quitter la capitale pour le gouvernement flamand.
On en restera évidemment à l'exercice de logique pour conclure cette anecdote, ne doutant pas que le vice-Premier Vanackere fera allégeance au CD&V plutôt qu'à la matrone des sans-papiers. Il n'en demeure pas moins que le CD&V a confirmé un vice-Premier plutôt enclin à respecter la loyauté fédérale. Bruxellois plus proche de Jos Chabert dont il a été chef de cabinet que de Brigitte Grouwels (ah! Brrigitte!), il pourrait être de ceux qui dans les prochains mois contribueront à faire éclore une réforme de l'état équilibrée passant par la recherche d'une solution à la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Au sein du kern, deux acteurs sont désormais domiciliés dans l'arrondissement. M. Vanackere et un certain Herman Van Rompuy, Premier ministre, domicilié dans la commune à facilités de Rhode-St-Genèse. Après les élections régionales, l'écueil BHV sera-t-il enfin soulevé, loin des bruits de couloir ou de corridor?

Durum

samedi 8 novembre 2008

Régulation du système financier: la grande désillusion


Deux mois après le débarquement en Europe de la crise financière et les annonces incantatoires d'une efficace régulation du système, force est de constater que les autorités américaines, européennes, et belges, pour ce qui nous concerne, en sont restées aux vagues déclarations d'intention voire dans les meilleurs des cas à arrêter des positions très consensuelles. Les seules véritables décisions prises à ce stade ont été relatives à la nationalisation des pertes et à la privatisation des profits.
Le président américain fraîchement élu Barack Obama, la nouvelle icône mondiale (;-)), a annoncé un important plan de relance mais il est resté muet quant à la nécessité de réguler les marchés. Laissons-lui le bénéfice du doute, il n'est pas encore président en fonction. Paroles, paroles, paroles restent ses maîtres mots.
Le Conseil européen préparatif au Sommet mondial de Washington a lui aussi accouché d'une souris. Le chef de groupe socialiste au Parlement européen, Martin Shulz avait ironisé à propos du chef d'Etat français Nicolas Sarkozy, actuel président du Conseil européen, soulignant qu'il parlait depuis la crise comme un véritable socialiste, tellement il s'est reprofilé une fois le vent tourné. Vendredi à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a rassuré les financiers. "Nous ne voulons pas passer d'une absence de réglementation à trop de réglementation", a-t-il prévenu. Au-delà, on n'est pas plus avancé.
Le plan européen n'accouche que de principes dont la volonté de "confier au FMI un rôle central dans une architecture financière plus efficace". Balaise. Plus efficace pour qui? Quelle architecture? Et surtout, pourquoi le FMI? Cette institution dont l'ancien vice-président de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz, affirme que ses prescriptions sont "en partie fondées sur l'hypothèse dépassée selon laquelle le marché aboutit spontanément aux résultats les plus efficaces" (1). Ce n'est pas l'architecture mais l'idéologie sous-jacente qu'il faut changer. Mais cela, la droite ne le permettra pas.
En Belgique aussi, on allait voir ce qu'on allait voir. Le président du PS, Elio Di Rupo, en perd régulièrement sa voix ces dernières semaines à force de crier au démon ultra-libéral à enfermer au plus vite dans le carcan de la régulation.
Et vendredi, le Conseil des ministres a approuvé une décision visant à limiter les parachutes dorés des patrons d'entreprises cotées en bourse. En principe, ces indemnités seront limitées à 12 mois de salaire fixe au maximum. Limitées par des paramètres temporels donc mais pas financiers. C'est bingo pour les patrons du BEL20. A titre d'exemple, alors que l'administrateur-délégué d'Agfa-Gevart a droit aujourd'hui à une indemnité de départ d'1,540 millions d'euros, selon le rapport annuel de l'entreprise; il pourra partir, en vertu des nouvelles règles, avec la coquette somme de 3,116 millions d'euros, a calculé Ecolo. Joli foutage de gueule!
In fine, ce n'est pas le système mais le gouvernement lui-même qui est transparent.
Il faut dire que quand en son sein on se prête au jeu du délit d'initié, certains n'ont pas intérêt à plus de régulation. Le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, dément tout délit d'initié alors que son épouse de magistrate a vendu pour 500.000 euros d'actions Fortis la veille de la cession des actifs aux Néerlandais et de l'effondrement au plus bas du cours boursier. Une pure coïncidence d'agenda. N'est pas chef de la diplomatie qui veut.

Durum

(1) La grande désillusion, Joseph Stiglitz, janvier 2002

samedi 18 octobre 2008

Les non-dits de Leterme I qui en disent long

La déclaration de politique générale du gouvernement qui a reçu le 16 octobre la confiance de la Chambre aura été plus éclairante dans ses silences que dans ses appels à la population à faire face à la menace de l'orage, en pleine crise financière.
On connaît la propension des professionnels à user de la communication pour vendre un produit fagoté, la faculté qu'ont d'aucuns à pousser le verbiage à son paroxysme quand les circonstances le demandent. Contexte de double crise, institutionnelle et financière (en partie) oblige, la logorrhée de l'équipe Leterme I est une leçon en la matière.
Ainsi, le gouvernement a-t-il, pour boucler son budget, inscrit dans ses recettes l'engagement des Régions et Communautés à ne pas dépenser 800 millions d'euros qui leur reviennent dans le cadre de leurs dotations respectives.
Pourtant, Bruxelles a fait savoir qu'elle était exsangue et que le fédéral lui devait du pognon. Pourtant, la Région wallonne ne s'est engagée sur le principe qu'à la condition que la Flandre en fasse autant. Et la Flandre a exprimé... son veto... mais a formulé une proposition alternative.
Elle est d'accord de prendre à son compte les dépenses qui mettent en difficulté l'entité I de l'Etat (l'échelon fédéral) portant sur une série de compétences aujourd'hui partagées entre les différents niveaux de pouvoir (dont l'important département de l'emploi), à condition de pouvoir dorénavant gérer elle-même à 100% ces compétences.
Ce faisant, la Flandre de Kris Peeters, relayée par le Premier ministre Yves Leterme cette semaine à la Chambre, a une nouvelle fois insisté sur la nécessité de revoir la loi de financement qui, d'année en année assèche un peu plus les caisses du gouvernement fédéral. On en revient donc au projet flamand de responsabiliser des Régions devenues plus autonomes, encadrer plus objectivement les transferts, financer les entités fédérées en tenant compte de la richesse qui y est produite (ce qui est bon pour Bruxelles, d'autant plus si on y applique les normes internationales d'imposition sur le lieu de travail, mais là l'épure CD&V est comme par hasard plus nuancée).
A tout cela, qu'a répondu le gouvernement Leterme-Reynders? Il a acté ces conditions en inscrivant les 800 millions régionaux à son budget 2009. L'importante réforme de l'état annoncée est donc sur les rails. On peut commencer à l'envisager pour le second semestre de 2009, après les élections régionales.
2009 sera donc une année charnière, institutionnellement s'entend, mais elle sera également une année "énergique". Autre non-dit qui veut tout dire dans la déclaration du Premier ministre, après juin 2009, on décidera de reporter la sortie du nucléaire acquise par la coalition arc-en-ciel. Yves Leterme a rappelé l'échéance d'une réflexion l'année prochaine sur le mix énergétique telle qu'annoncée par le ministre Magnette en vertu de l'accord de gouvernement. Il faudra, a dit Leterme, proposer un modèle qui permette de rencontrer Kyoto (baisse des émissions CO2), de ne pas alourdir la facture des citoyens et d'assurer à la Belgique la sécurité d'approvisionnement. Du tout cuit pour le nucléaire. Dans le même temps, le gouvernement taxe les producteurs à hauteur de 500 millions d'euros (en réalité 360 millions après déduction d'impôts). GDF-Suez-Electrabel s'étrangle et menace mais se couchera lorsqu'elle aura la certitude de pouvoir continuer à actionner la pompe à milliards productrice d'énergie fissile.
La communication code-barre du gouvernement fortement teintée de non-dits, d'omission à l'insu de son plein gré est bien assumée en son sein. Ainsi, le secrétaire d'Etat Bernard Clerfayt, adjoint au ministre des Finances Didier Reynders, annonça urbi et orbi les différentes mesures prises pour le budget, en oubliant un détail, la taxation via le système du cliquet, des carburants en cas de baisse de prix. Mesure environnementale peu populaire qui, proportionnellement à la richesse, touchera essentiellement la classe inférieure et la classe moyenne. Il faut dire que le bourgmestre de la cité des ânes peut désormais être qualifié d'expert en omission, fausses informations et usage de fausses informations, lui qui n'a pas hésité récemment à renvoyer les tenants de la création d'une banque publique non sujette à la volatilité des cours, à ouvrir un compte à la banque nationale, pourtant cotée en bourse et... non accessible aux particuliers. Là, ce n'est plus du non-dit. Disant cela, notre expert financier, a c'est clair, failli à sa tâche. Cela lui a valu de la part de Josy Dubié (Ecolo) d'être affublé du sobriquet de "Sarah Palin de la politique belge".

Durum

lundi 29 septembre 2008

Le roi de la corporate governance est nu

Le président du CA de Fortis, Maurice Lippens, a donc été viré dimanche si l'on interprète le communiqué du groupe qui a annoncé que le comte du Zoute avait "fait un pas de côté" alors que la banque a été nationalisée. Sacré retour de bâton pour celui qui récemment donnait des leçons de bonne gouvernance au patron de Belgacom, Didier Bellens, à qui il reprochait le manque de prise de risques. Voulant avaler ABN-Amro, Fortis n'a pas vu venir la crise américaine, et s'est retrouvée sur la dèche. Prônant l'autorégulation autorisant d'être une grenouille se voulant plus grosse que le boeuf, Maurice Lippens a perdu son dernier combat ou plutôt a obligé le gouvernement à entraîner des millions de contribuables dans la folle aventure capitaliste qui a abouti dimanche à la nationalisation des pertes et la privatisation des profits de l'entreprise.
Le moment semble on ne peut plus opportun pour la gauche pour imposer la régulation du marché, comme l'énonçait mon excellent confrère Colonel Moutarde. Elio Di Rupo semble en faire son champ de bataille électoral. Saura-t-il se rendre crédible après avoir feint de découvrir le désastre et laissé faire le courant libéral?

Durum

mardi 23 septembre 2008

Yves Leterme tue sa chose avant qu'elle ne lui explose à la figure

Yves Leterme s'accroche à son poste de premier ministre comme à son blackberry. Les événements de ces derniers jours l'ont montré de manière spectaculaire, sa première des priorités est... son ambition personnelle, quitte à passer outre les exigences de son propre parti. Un cacique CD&V nous rapportait récemment quelles étaient les priorités du premier ministre: d'abord le parti, puis le cartel, puis le pays. Un autre précisait: "c'est presque ça, mais en numéro 1, c'est d'abord lui".
De manière inattendue dimanche, Yves Leterme a décidé de sacrifier sa chose, son cartel, contre l'avis des autres pontes du CD&V. Cette alliance avec la N-VA, qu'il avait imaginée pour conquérir le pouvoir, commençait à desservir son dessein personnel. Le cartel risquait de plus en plus de l'emporter à tout jamais dans la tourmente. Yves Leterme a dès lors fait le choix du dialogue avec les francophones, non pas tellement qu'il fasse mine d'y croire ou qu'il place en tête des priorités l'avenir du pays, mais bien qu'il veuille maintenir sa position à la tête du gouvernement. Il veut continuer à parader sur la scène internationale, laissant le soin désormais à Kris Peeters de mener la barque institutionnelle. Gageons qu'il continuera à manoeuvrer en ce sens tant qu'il le pourra et préfèrera éviter un scrutin fédéral anticipé, même en juin 2009. Entre-temps, le gouvernement ne fera pas grand chose. Mais personne dans la majorité n'aura intérêt à le saborder, au risque de... se saborder. C'est de la politique politicienne que seule la rue pourrait perturber. On connaît des gérontocraties, des ploutocraties, des oligarchies, des technocraties, des théocraties. Voici la zotbestuurocratie.

Durum

samedi 20 septembre 2008

Vers un cabinet socio-économique?

Au lendemain de la présentation du rapport des médiateurs au roi, le pays sombre à nouveau dans le chaos institutionnel. Que s'est-il passé? Rien de bien neuf, vu que l'insipide rapport est tellement circonvenu, reprenant, tout en les noyant, les revendications et non revendications des deux communautés, que chaque paragraphe pouvait tantôt satisfaire tantôt fâcher l'ensemble des parties. Mais voilà, les interprétations des uns (Reynders a rappelé l'importance de BHV, l'élargissement de la capitale, la nomination des bourgmestres de la périphérie) ont cabré les autres (la N-VA a dit fourte, une fois est coutume, entraînant le CD&V dans le doute, une fois est coutume bis).
Alors quid maintenant? A bonne source, on évoque la piste d'un gouvernement fédéral devenant cabinet socio-économique. Les partis (flamands, cartel en tête) pourraient alors définitivement partir en campagne (institutionnelle). Mais quid N-VA? (comme avait écrit un autre médiateur, Jean-Luc Dehaene, dans un précédent rapport). Quittera-t-elle le gouvernement flamand? Et le cartel y résistera-t-il? Oui, et certainement tant que Leterme restera aux commandes et qu'il estimera que sa chose continue à nourrir son parti. L'intérêt du pays passe après. Non vraiment, rien n'a changé.

Durum

vendredi 12 septembre 2008

Je te mouille, tu me mouilles. Nous nous noyons?

Il fallait s'y attendre, campagne électorale pour les élections régionales oblige, le contentieux communautaire prend une nouvelle tournure. Il apparaît clairement que le débat est plus nuancé qu'on ne le pense parfois dans l'opposition manichéenne entre un bloc francophone soudé attaché à la conception actuelle de l'état fédéral et un monolithe nordiste soucieux d'offrir à la Flandre tous les leviers permettant de conforter sa prospérité dans un monde globalisé.
On sent bien depuis le scrutin législatif de 2007 le CD&V tenaillé par son aile droite nationaliste et la N-VA. Jamais, le cartel n'acceptera un compromis qui sera toujours jugé trop mou eu égard aux fantasmes parfois symboliques du Mouvement flamand. Près d'un an et demi plus tard, le cartel chute dans les sondages mais le CD&V reste intraitable, horrifié par la perspective de perdre la N-VA mais aussi sa propre aile droite nationaliste, car qui sait si tout ce beau monde ne sera pas alléché par l'idée de créer une Forza Flandria sous la férule de la Lijst Dedecker. Ce scénario tétanise le CD&V qui garde en mémoire l'annus horribilis 1999 qui le vit basculer dans l'opposition après 40 années de partage du pouvoir. En interne, l'aile progressiste démocrate-chrétienne, l'ACW se tait dans toutes les langues alors qu'elle est pourtant majoritaire au gouvernement fédéral (Leterme, Schouppe, Vervotte, Vandeurzen) et flamand (Crevits, Vanackere). A un bémol près, nous dit-on: Yves Leterme, qui est quand même à l'origine de la crise, mais dont l'étoile a pâli, entend désormais être débarrassé de l'écueil institutionnel. Il a refilé la patate chaude au nouveau dieu de la Flandre Kris Peeters, le ministre-président du gouvernement flamand.
L'Open Vld voit aussi approcher les élections de juin 2009. Or, son dada c'est la baisse des impôts et la baisse des charges, bien plus que l'institutionnel pour l'institutionnel. Les libéraux flamands ont dès lors appelé au réalisme, indiquant que la réforme de l'état ne viendrait plus avant les élections. Et un coup au CD&V. Le sp.a, en pleine mutation après sa débâche de juin 2007, se rend compte que l'action du gouvernement fédéral est paralysée et qu'il n'a pas l'occasion de faire entendre sa voix au parlement dans l'opposition. Une violette flamande s'est donc retrouvée cette semaine provoquant une mini-crise à la place des Martyrs, demandant au cartel qu'il cesse ses ukazes. Chacun se tient à la culotte.
Côté francophone, on sent bien que personne n'est véritablement motivé par l'idée de réformer l'état. Chacun l'exprime à sa façon: le PS veut bien discuter pour sauver le pays (son aile régionaliste est, elle, partisane d'une réforme); le cdH tient un discours méga-brouillon qui masque mal ses réticences à toute réforme, le MR dit officiellement qu'il n'a pas de tabou mais Didier Reynders laisse le soin à Olivier Maingain de rendre toute avancée impossible.
Qui plus est, il faut bien constater qu'entre francophones, on se regarde aussi en chiens de faïence. Le MR est déjà en campagne, Didier Reynders ayant annoncé à ses troupes qu'elle sera sanglante. Il flingue la majorité PS-cdH (sans toutefois viser directement les états-majors: s'il gagne les élections, il devra quand même composer et une alliance MR-Ecolo est arithmétiquement peu probable). Socialistes et centristes-démocrates-humanistes continuent d'avancer main dans la main (même si, de temps en temps, en coulisse, on constate des pointes d'allergies dans l'un et l'autre camp vis-à-vis du partenaire). Quant à Ecolo, il compte les points, continuant à caresser son vieux rêve de renvoyer le parti socialiste dans l'opposition.
Chacun se positionne donc dans l'attente des régionales (et européennes) de juin 2009 qui pourraient consacrer les extrêmes. Et après? Advienne que pourra.
Le CD&V ne veut pas entendre parler de fédérales anticipées: impossible sans régler BHV, dit-il officiellement (officieusement les sondages ne sont pas bons). Les libéraux n'hésiteront pas, eux, à porter un coup de Jarnac au moment le plus opportun. En attendant, Yves Leterme reste Premier ministre, même si cela échappe à tout le monde même à l'édition 2009 du Petit Robert. Le Premier voyage. Il sera bientôt en Russie, à Sotchi (attention M. le diplomate, c'est à 50 bornes de l'Abkhazie). Il se rendra ensuite à New York puis au Québec pour le Sommet de la Francophonie. Ira-t-il dire à l'occasion du 400ème anniversaire de la capitale de la Belle Province, que les Québecois ne sont pas en état intellectuel d'apprendre l'anglais?

Durum

mardi 29 juillet 2008

Tactique Tac Tic Tac Tic Tac

Ancien ambassadeur belge auprès de l'Union européenne à Bruxelles, Philippe de Schoutheete, propose, dans La Libre Belgique du lundi 28 juillet, une analyse assez pertinente de la situation politique belge, prolongeant une série de commentaires déjà proposés sur ce blog. Pour dénouer la crise, il importe, dans les revendications, de clarifier les concepts énoncés, indique Philippe de Schoutheete.
Il est vrai qu'en exigeant des "garanties" qu'il y ait une réforme de l'Etat et en plaidant le "confédéralisme", la Flandre ne laisse pas voir dans ses cartes, ce qui est compréhensible dans le contexte éminemment tactique du moment. On l'a déjà dit, juridiquement parlant, le confédéralisme ne veut pas dire grand chose. Quant aux garanties, comment les offrir avant que ne commence la négociation?
Au sud du pays, la situation n'est pas plus claire. La fédération Wallonie-Bruxelles semble plus servir d'épouventail menaçant de séparation une Flandre qui avancerait trop loin dans son projet. Quel projet? Celui d'une Belgique configurée par le seul nord du pays, offrant un maximum de leviers aux entités fédérées et laissant le soin à l'échelon fédéral de payer les pensions. L'entité la plus riche en sortirait (probablement) gagnante, celles en difficulté seraient amenées à développer des politiques d'austérité. Démographiquement désavantagé, le nord continuerait à se servir dans les caisses fédérales pour payer son vieillissement. CQFD.
Dans leur volonté de contrer le projet flamand, les sudistes parlent "Wallonie-Bruxelles" mais restent divisés entre Belgicains, régionalistes, communautaristes, germanophiles, wallono-bruxelliens et bruxello-centristes. Mais la stratégie fonctionne: "Wallonie-Bruxelles, wat is dat?", commencent à se demander les nordistes, rappelant que Bruxelles est capitale de la Flandre.
Tout le monde joue donc à se faire peur. C'est logique dans une première phase de grande discussion institutionnelle dévolue à la tactique. Le problème est que personne n'a vraiment les choses en main tant sont nombreux les facteurs extérieurs dont le moindre n'est pas l'organisation d'une nouvelle pré-campagne électorale à l'automne suivie des élections avec le risque de victoire des populistes et des fascistes. Folie pure, un cacique sudiste indiquait récemment en off qu'une telle situation clarifierait la donne et faciliterait les négociations. Il serait plus facile de dialoguer avec Jean-Marie Dedecker qui sait ce qu'il veut qu'avec Yves Leterme.
A cela s'ajoute la crise économique dans le cadre de laquelle va devoir se négocier à la fin de l'année l'accord interprofessionnel. Sans parler du sort des sans-papiers laissés à l'abandon sur leurs grues en attendant le retour de vacances des édiles. Les politiques pourront les y rejoindre à la rentrée. Pour prendre un peu de hauteur.

Durum

mercredi 2 juillet 2008

Leterme Ier, le gouvernement plan-plan

Le gouvernement Leterme Ier travaille d'arrache-pied. En une semaine de temps, il nous sort un plan de lutte contre la fraude, un plan pour la préservation du milieu (printemps de l'environnement) et un plan de lutte contre la pauvreté.
Ces trois plans ont plusieurs similitudes. Ils énoncent la nécessité de coordonner les politiques menées, renvoient à des groupes de travail voire de réflexion, suggèrent, proposent; annoncent des monitorings, des études, rappellent des statistiques mais concrètement contiennent peu ou prou de mesures concrètes.
A y regarder de plus près, ils sont aussi complémentaires: les conclusions du printemps de l'environnement et le plan de lutte contre la pauvreté souffrent du manque de moyens budgétaires là où le plan de lutte contre la fraude vise à ramener des sousous dans la cai-caisse. Le problème est qu'une autre similitude frappe les trois plans: l'absence de volonté politique cohérente qui caractérise cette majorité de façade, qui se croit dès lors obligée de faire du marketing. Leterme Ier a un plan média. Mais personne n'est dupe.

Durum

mercredi 6 février 2008

Promesses électorales et compromis budgétaires

Les difficultés budgétaires de la Belgique semblent provoquer bien des tensions dans un gouvernement intérimaire dont les ministres n'ont pas tous les mêmes priorités, loin s'en faut. Les divergences entre partis et même au sein des partis n'annoncent rien de bon pour les discussions institutionnelles, dont l'échec plongerait pourtant le pays dans la plus grave crise de son histoire.
Nous annoncions ici que le gouvernement s'apprêtait à retarder de cinq ans ses objectifs en matière de coopération au développement. Une info obtenue de source chrétienne-démocrate et flamande. Mais le ministre compétent, Charles Michel, a semblé rejeter cette éventualité, mardi dans Le Soir. "Il est évident qu’il faut faire mieux qu’en 2006 et 2007, où les chiffres étaient très bas (0,50 et 0,43 %). Le budget 2008 est encore en cours de confection. On l’espère pour dans une dizaine de jours, mais l’objectif de 0,7 du RNB pour 2010 est repris dans les dix points essentiels de l’action de ce gouvernement de transition", a soutenu le fils Michel. Reste à voir si les engagements seront tenus au moment des arbitrages difficiles. On peut franchement en douter.
Même topo quant aux mesures dites "one shot", ces ventes d'actifs ou de bâtiments publics qui ont permis aux gouvernements précédents de boucler leurs budgets en équilibre, mais dont la valeur à long terme est fortement mise en doute, notamment par la Commission européenne. Le CD&V, qui les avait vigoureusement dénoncées depuis les bancs de l'opposition, semble être en passe de retourner sa veste, si l'on en croit le Morgen mercredi. L'idée émane du ministre de la Justice, Jo Vandeurzen. Plaira-t-elle à son camarade de parti et néanmoins ministre du Budget, Yves Leterme ? Le futur Premier ministre est très à cheval sur ses engagements électoraux, du moins en matière institutionnelle. On verra s'il s'appliquera la même rigueur dans le domaine budgétaire.

mercredi 23 janvier 2008

Verhofstadt III travaille d'arrache-pied

Après avoir placé la Belgique en phase maximale de vigilance face à une menace terroriste qui a fait de Bruxelles la seule capitale au monde sans feu d'artifice le 31 décembre, le gouvernement se préoccupe à présent de la situation désastreuse dans un home pour personnes handicapées en Bulgarie.
La diffusion par la VRT d'un documentaire de la BBC (transmis il y a plusieurs mois) relatif aux mauvais traitements subis par de jeunes handicapés dans un home de Bulgarie a suscité un certain émoi en Flandre et entraîné une volée de réactions du ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht et de la ministre des Affaires sociales et de la Santé Laurette Onkelinx, eux-mêmes sensibilisés par des BV (Bekende Vlamingen). Le point est à l'ordre du jour du Conseil des ministres (le gouvernement pourrait allouer un montant de 250.000 euros, geste que l'on peut saluer).
L'émoi est tel que la VRT a décidé de rediffuser le reportage ce mercredi 23 janvier. Les parlementaires se sont quant à eux emparés du dossier et ont auditionné l'ambassadeur de Bulgarie en Belgique.
Loin de nous de banaliser les mauvais traitements subis par ces personnes en Bulgarie mais l'emballement que suscite cette affaire (sans a priori aucun lien avec la Belgique) étonne, alors que des milliers de personnes meurent chaque jour dans l'indifférence, des suites des combats qui ont lieu au Congo.
Le gouvernement Verhofstadt III n'est-il pas en train de profiter de certains événements pour faire croire au quidam qu'il travaille d'arrache-pied? Pour mieux masquer les difficultés toujours persistantes sur le plan institutionnel voire plus encore sur le plan socio-économiques. La question mérite d'être posée.

mardi 22 janvier 2008

Leterme in de twee talen ou le double langage d'Yves L.

Yves Leterme a développé lundi 21 janvier une stratégie de communication rondement ficelée, s'adressant dans le Soir aux citoyens francophones, et dans le Standaard aux citoyens néerlandophones. Interviewé de part et d'autre, M. Leterme ne se contredit pas mais n'aborde pas les mêmes thématiques et la sémantique utilisée est différente selon qu'il s'adresse au nord ou au sud du pays.
Dans l'interview donnée au Standaard, titrée "Les Flamands mettent la pression", Yves Leterme met en garde. La réforme de l'Etat que doit préparer l'Octopus "ne sera pas un chemin de croix, dit-il, si on rate le train cette fois-ci, de gros problèmes vont s'amonceler". Et Yves Leterme d'évoquer l'Octopus comme "la dernière chance pour la Belgique". Il souligne que la détermination du CD&V sur la question de la réforme de l'Etat ne doit pas être sous-estimée.
Dans Le Soir, l'ex-formateur honni par l'opinion publique francophone tente de redorer son blason. Annonçant qu'il "veut faire le bonheur des Belges" et répétant qu'il n'est pas question de séparatisme, M. Leterme souligne notamment que "les Flamands doivent être conscients que ce n'est pas unilatéralement que l'on décide de quel thème on discute". Il évoque également Bruxelles, une Région "égale" aux autres, autonome, que le fédéral devrait mieux financer. Yves Leterme mentionne notamment la question des frontières de Bruxelles, parlant de la constitution d'une structure qui devrait dépasser le cadre des 19 communes. Cela, il n'en pipe mot dans le Standaard.
Les girouettes sont de retour. Vont-elles réussir dans leur entreprise visant à reconquérir le 16? Il leur reste 61 jours pour convaincre. Il n'est pas certain que la stratégie de la com à deux faces soit la meilleure à long terme.

lundi 21 janvier 2008

Elargissement de Bruxelles: ouverture de Leterme

Yves Leterme, ministre du gouvernement Verhofstadt III chargé de préparer
la réforme institutionnelle vient d'ouvrir spectaculairement le débat en
évoquant, sans encore véritablement s'avancer, les frontières de
Bruxelles. "Je crois qu'à un moment il faut oser une structure ou un
processus décisionnel qui va au-delà des frontières des 19 communes",
a-t-il indiqué lundi 21 janvier dans une interview au Soir. M. Leterme
estime qu'il faut aller plus loin que la communauté urbaine proposée par
Guy Verhofstadt. Il envisage une "structure" et non pas de simples accords
de coopération avec l'hinterland bruxellois. Celui qui est annoncé comme
le futur premier ministre de l'après 23 mars juge que ces accords
constitueraient un processus "lent et lourd".
Dans la même interview, Leterme voit Bruxelles comme une Région égale aux
autres, à financer plus encore par le fédéral. Charles Picqué a applaudi.

vendredi 18 janvier 2008

Un couple infernal pour protéger les consommateurs

Les compétences relatives à la protection des consommateurs sont désormais disséminées. Le gouvernement Verhofstadt III compte en effet deux ministres pour une seule charge: la MR Sabine Laruelle et le PS Paul Magnette.
L'arrêté royal du 27 décembre qui précise les compétences des ministres accorde la tutelle sur le SPP Protection des consommateurs (une très discrète coquille vide présidée par le très discret Christophe Courouble) à Paul Magnette, ministre du Climat et de l'Energie. Quant à la répartition des compétences au sein du département, Paul Magnette et Sabine Laruelle sont contraints de s'accorder via un accord de coopération (sur son site internet Mme Laruelle s'attribue la protection des consommateurs parmi ses compétences; Paul Magnette n'a pas encore, lui, de site internet).
Deux ministres pour un département qui n'est traditionnellement pas considéré comme un fleuron du gouvernement. Ce n'est pas certain que le consommateur, lui, y gagnera.