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jeudi 15 octobre 2009

Les Flamands ont une drôle de conception du territoire

Les Flamands ont une drôle de conception du territoire. C’est la conclusion qui s’impose à la vision de l’excellent reportage sur les travaux du RER, diffusé hier soir par la RTBF dans son émission Questions à la Une. Entre autres informations surprenantes sur ce chantier gigantesque, on apprend que certains travaux d’infrastructure réalisés en territoire flamand ont été financés sur l’enveloppe francophone de la SNCB. La raison de cet arrangement, passé quand Isabelle Durant était ministre des Transports, est que les lignes concernées sont celles qui relient la capitale au Brabant wallon.
Ce non-financement est surprenant de la part d’une communauté tellement attachée à l’intégrité de son territoire. Tout autour de Bruxelles fleurissent les panneaux destinés à rappeler aux francophones le caractère sacré de la frontière linguistique. Comme à Dilbeek, "waar Vlamingen thuis zijn" ("où les flamands sont chez eux"). Dans les communes de la périphérie, l’accès aux logements sociaux, aux infrastructures sportives, aux terrains à bâtir, et caetera, est infléchi par la crainte de la tache d’huile francophone, perverti par la logique de l' "Eigen Volk eerst". Cette même logique qui fait de la scission de BHV, en dépit du bon sens, la priorité presque unanime des partis flamands.


Mais il faut croire que les Flamands ont le nationalisme sélectif, puisque cette conception restrictive du territoire ne s’applique pas au financement des infrastructures. Un constat dont on peut gager qu’Olivier Maingain ne manquera pas de se servir pour demander l’élargissement de Bruxelles.

Colonel Moutarde

jeudi 17 juillet 2008

Docu-fiction et intox nord-sud pour pallier la slecht bestuur (suite mais pas fin)

Ainsi, depuis lundi soir 14 juillet (allons-zenfants-de-la-patrie), la Belgique est de nouveau en crise (crisette? parfum de crise?). Mis sous pression par la date butoir du 15 juillet qu'il dit n'avoir pas imposée, le premier ministre Yves Leterme a remis sa démission au roi qui la tient en suspens (la démission;-))
La Maison Belgique commence à cet égard à ressembler furieusement au Mythe de la caverne de Platon. On ne sait plus très bien si on vit dans la réalité ou dans un docu-fiction.
Quant aux événements de ces dernières heures, recoupant différentes sources, le sentiment premier qui nous apparaît évoque un scénario de contournement du 15 juillet, permettant à un Yves Leterme provisoirement suspendu de contourner un obstacle temporel et de reprendre langue avec son cartel. Avec ou sans la bénédiction de ses partenaires? S'ils ont co-écrit ce scénario, ils sont alors meilleurs comédiens que leur metteur en scène. Mais on connaît suffisamment leur propension à la fourberie.
Pendant ce temps, au sud du pays, on continue à agiter la fédération Wallonie-Bruxelles, un symbole dont on ne sait pas très bien ce qu'il signifie concrètement, si ce n'est faire contre-poids à l'appel du nord à un dialogue de communauté à communauté confédéraliste niant la Région bruxelloise. Le Parlement wallon vient lui de souligner l'importance du fait régional en votant une résolution dont on dit qu'elle est la réponse aux résolutions du Parlement flamand appelant à la régionalisation de la justice, des soins de santé, de la fiscalité et tutti quanti. Cependant, la résolution wallonne n'exige rien. Elle prône une Belgique à trois Régions, et une solidarité Wallonie-Bruxelles. Votée à l'unanimité, elle met cependant mal à l'aise les belgicains du cdH qui rappellent que la Maison B. est aussi composée de trois Communautés culturelles. Retour au point de départ.
Bref, au-delà de la symbolique fédération Wallonie-Bruxelles, la résolution sudiste ne fait que rappeler la situation institutionnelle actuelle.
Quant au nord, et singulièrement au cartel CD&V/N-VA, il s'est engagé sur la voie du confédéralisme, une construction dont les juristes répètent qu'elle est inédite et dans le contexte actuel inapplicable à la situation puisqu'elle implique une volonté de plusieurs Etats indépendants de collaborer sur une série de matières. Nonobstant le contexte temporel (il n'y a pas à l'heure H, en Belgique, d'Etats indépendants qui pourraient collaborer entre eux), on pourrait toutefois concrètement aboutir de facto à une situation où Flandre (avec ou sans Bruxelles?) et truc-Wallonie-Bruxelles-ensemble-ou-séparés collaboreraient au sein d'une Belgique-confédérale-évanescente elle-même inscrite dans un cadre-confédéral-européen-actuellement-à-l'arrêt-pour-cause-d'inventaire. Sachant qu'en l'espèce et comme toujours, la solution sera plus politique que juristique.
Le CD&V/N-VA exige pour sa part que les francophones offrent à la Flandre des "garanties" que l'on puisse aller dans la voie du grand dialogue confédéral de Communauté à Communauté, sans expliquer ce qu'il entend par "garanties". Encore des symboles. Car évidemment si ces garanties consistent à écrire noir sur blanc quelle voie (flamande) on s'apprête à suivre, il n'y a plus de place pour une négociation (équilibrée). Qui plus est, en off, côté francophone, on souligne que si l'idée confédérale a fait du chemin, il faudra encore du temps pour la concrétiser.
"Tout est dans tout", disait le philosophe grec Anaxagore. "Et vice-versa", précisait l'écrivain français Sainte-Beuve. On en est là.
"Rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme", disait encore le sudiste Anaxagore (avant de se faire piquer la formule par ce parigo de Lavoisier, on n'a rien inventé).
Il manque au nord comme au sud du pays cette dose de pragmatisme qui pourrait permettre de débloquer la situation. Il faut pouvoir dépasser les symboles nourris par trop de frustrations et une méconnaissance de l'histoire, au nord comme au sud du pays. Il faut aussi pouvoir s'inscrire dans le monde d'aujourd'hui dont les défis à relever sont nombreux. Le monde n'attend pas la Belgique.

Durum

mardi 24 juin 2008

Comment Yves Leterme perpétue le mythe du paresseux wallon

Pendant toute la durée de la dernière campagne électorale et dans les mois qui ont suivi, combien de fois n'a-t-on entendu la même rengaine parmi les édiles politiques flamands stigmatisant le Wallon paresseux du Hainaut occidental refusant d'aller travailler dans l'opulente Flandre occidentale alors que les frontaliers français débarquent en masse à Courtrai et ses environs. Invité des "Bureaux du pouvoir" sur la RTBF, Yves Leterme himself avait réalisé un reportage sur le sujet montrant ces courageux travailleurs français oeuvrer dans des abattoirs flamands et appelant les Wallons à faire montre d'autant de courage.
Ce qu'on n'a jamais dit alors au nord du pays c'est qu'en vertu d'une convention fiscale franco-belge extrêmement avantageuse à l'hexagone, les travailleurs frontaliers d'outre-Quiévrain payent leurs impôts en France où ils sont légèrement moins élevés pour de nombreuses classes de salariés et où il n'y a pas de prélèvement à la source. Par ailleurs les mêmes travailleurs français payent leurs cotisations personnelles finançant la sécurité sociale en Belgique. Par mois, ils gagnent en moyenne, en net, de 20 à 30% de plus que ce qu'aurait pu toucher "un Wallon paresseux".
Mais la discrimination fiscale et sociale allait cesser, pensait-on. Un nouvel avenant à la convention avait pour objectif d'inscrire la France et la Belgique, à partir du 1er janvier 2009, dans le cadre de la réglementation de l'Organisation de coopération et de développement économique qui énonce le principe d'une imposition sur le lieu de travail au lieu d'une imposition sur le lieu de domicile.
Or voilà-t-il pas que sous la pression du patronat west-flandrien, le tout aussi west-flamand Yves Leterme vient de réussir à convaincre les autorités françaises de postposer de 3 ans au moins l'entrée en vigueur de l'avenant qui avait été conclu par le ministre des Finances Didier Reynders. Ce faisant, le premier ministre fait perdre quelque 200 millions d'euros au budget de l'Etat (en compensations à des exceptions à l'avenant et en rentrées fiscales).
Récemment, le quotidien français "La Voix du Nord" a fait état du travail à la maison de l'emploi de Roubaix des sociétés d'interim Randstad et Convert pour le compte de sociétés basées en Flandre occidentale. "Nous manquons de personnel flamand motivé. Ce matin, nous avons vu quelques personnes intéressantes. Les frontaliers ont beaucoup d'atouts chez nous: il y a du boulot et ils gagnent plus. Pour nous aussi, c'est un intérêt d'avoir des gens motivés. Nous sommes contents que l'ASSEDIC prévoit des formations et des cours de néerlandais pour mieux s'entendre". Mais pourquoi pas aussi proposer ces emplois à d'autres demandeurs? "Un employé (français) gagnera en moyenne 20% en plus", explique-t-on en référence à la convention franco-belge.

Il en ressort que ce dumping à l'emploi va permettre à certains au nord du pays de continuer à entretenir les slogans. Je travaille moi, monsieur. Jour et nuit. Je cherche des solutions pour l'avenir de ce pays. Goed bestuur, Yves!

Durum

dimanche 15 juin 2008

La villa du président de la Chambre Herman Van Rompuy enclavée dans la fédération Wallonie-Bruxelles

Il y a au moins une chose sur laquelle la secrétaire d'Etat bruxelloise Brigitte Grouwels (qui a eu droit ces derniers temps à beaucoup (trop?) d'honneur sur La Boulette) a raison: les francophones sont déjà dans l'après-Belgique. Les partis flamands, et singulièrement le CD&V, souhaitent le maintien de la maison Belgique mais celle-ci doit être complètement réformée de sorte qu'elle soit pleinement orientée vers les intérêts flamands (ils rétorqueront qu'ils ne veulent plus de la Belgique actuelle qui satisfait les francophones mais freine l'élan socio-économique flamand).
Ce scénario d'une Belgique flamande, les francophones n'en veulent pas: ils préfèrent prendre en main leur destin. Tel est le point de vue désormais exprimé au sud, en tout cas au PS et au MR.
Mais il y a un os: Bruxelles enclavée en Flandre. C'est la raison pour laquelle, paradoxalement, les francophones souhaitent que l'on règle en priorité le dossier BHV. Ils ne veulent plus entrer en négociation institutionnelle sans régler ce dossier. S'appuyant sur l'expertise de professeurs en droit international, certains énoncent que lorsque sera venu le temps de constater le blocage définitif et la mort de la Belgique, l'émergence éventuelle d'une Flandre indépendante et d'une fédération Wallonie-Bruxelles se fera en vertu des frontières administratives appelées à devenir frontières d'Etat reconnues sur le plan international. Pour les francophones, il est donc importantissime de faire jouxter Bruxelles et la Wallonie dont les PIB cumulés seront supérieurs à la Flandre indépendante et... orpheline de son ex-capitale. Pour relier Bruxelles à la Wallonie, différents scénarios (relevant parfois de l'absurde) sont sur la table allant d'un simple corridor à travers la forêt de Soignes (peu défendable car inhabité) à l'annexion du territoire de la commune de Rhode-St-Genèse... à l'exception de la villa du président de la Chambre Herman Van Rompuy. D'autres évoquent l'élargissement de Bruxelles à Linkebeek et ou Drogenbos. Derrière tous ces scénarios distillés "en off" ou au hasard de rencontres dans les couloirs, il y a évidemment beaucoup d'intox. Mais c'est révélateur du climat actuel.

Durum