La presse est en crise. La concurrence redoutable d'internet ne fera que s' accroître au fur et à mesure qu'une génération d'adolescent rompue à la culture du gratuit prendra la place des ringards prêts à débourser chaque jour un euro pour le journal. Elle se double en Belgique d'un marché de taille trop étroite pour assurer des recettes suffisantes aux journaux.
Dans les rédactions, la morosité règne, quand ce n'est pas la déprime. Une cinquantaine d'emplois sont menacés à Rossel (éditeur du Soir), une trentaine le sont à Vers l'Avenir. A La Libre Belgique, les effectifs ont déjà été dégraissés, et le journal devrait devenir encore plus light, sur le modèle low-cost déjà mis en oeuvre à Libération. Ce n'est pas mieux du côté flamand. Le Persgroep a prévu de virer 26 journalistes au Morgen. Au groupe Corelio, éditeur notamment du Standaard, ce sont pas moins de 60 postes qui sont menacés.
Ces licenciements sont choquants quand l'on sait que les pertes de certains titres n'empêchent pas les groupes qui les éditent de faire des bénéfices. Les éditeurs raisonnent désormais en termes de rentabilité pour chacun des titres, sans égard pour le fait que l'information n'est pas un produit comme un autre. Bien sûr, publier un journal de qualité coûte cher. Mais faut-il rappeler que les journaux de qualité sont indispensables à la démocratie ?
C'est l'objet de ce billet. Pourquoi faudrait-il, en matière médiatique, limiter le service public à la radio-télévision ? Pourquoi ne pas l'étendre à la presse écrite ? Dans un secteur en pleine mutation, il faut avoir de l'ambition, de la vision. Il n'est pas difficile d'imagine qu'un jour, bientôt, un quotidien francophone se retrouvera à nouveau en difficulté financière, peut-être en quête d'un repreneur. Ce repreneur ne pourrait-il pas être l'Etat, ou la RTBF ? Celle-ci est déjà en train d'investir pour se doter d'un site web d'information complet, sur le modèle de la BBC. Pourquoi pas un pôle médiatique public multi-supports, avec presse écrite, radio, télévision, internet ? Il est bien question de nationaliser les banques en détresse au nom de l'inétrêt public, alors pourquoi pas les journaux ?
La proposition n'est pas orthodoxe, certes, mais les temps ne le sont pas non plus. En France, Nicolas Sarkozy est parvenu presque sans peine à imposer la fin de la publicité sur France Télévision. Loin de nous l'idée de défendre sa stratégie de main basse sur la télé, mais elle prouve qu'avec de la volonté politique, on peut réformer en profondeur le paysage médiatique.
Faute d'ambition, c'est la vision d'avenir développée par Rupert Murdoch qui pourrait s'imposer. Pour ce fameux magnat, il n'y aura plus que des titres populaire, type Dernière Heure, vendus à la populace, et des quotidiens haut-de-gamme, style Le Monde, qui deviendront nettement plus chers.
Les pauvres-de-plus-en-plus-pauvres et les riches-de-plus-en-plus-riches auraient ainsi chacun leur canard. Et la société serait de plus en plus insupportablement duale.
Colonel Moutarde
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vendredi 10 avril 2009
samedi 13 décembre 2008
Les louvoiements d'une presse porteuse d'angoisse
Le décret mixité sociale à l'école est donc mort après une longue agonie. Au centre d'un véritable jeu de massacre digne d'une fancy-fair scolaire, il a fini par succomber sous les coups de boutoir de parents angoissés (à tort ou à raison, sachant que l'angoisse est toujours mauvaise conseillère), d'attaques politiques parfois fondées (?), mais souvent électoralistes (pour rester poli), de directeurs jésuites, et d'écrits assassins dans la presse. A cet égard, il est intéressant de constater que, concernant la couverture de ce dossier, notamment, les journalistes et responsables de rédaction sont extrêmement impliqués dans le sujet qu'ils traitent.
Un nombre très important de responsables de rédaction et de journalistes chargés de l'analyse institutionnelle en Belgique francophone habite des quartiers privilégiés dans le sud-est de Bruxelles, en périphérie (flamande) de la capitale (dans les communes à facilités), et en Brabant wallon, soit les régions où se sont révélés une série de problèmes, minoritaires, mais surexposés dans la presse.
Sans vouloir porter aux nues un décret, dont on peut à tout le moins saluer la courageuse volonté d'avoir voulu s'attaquer à un problème majeur dans la société, les inégalités sociales, singulièrement dans l'enseignement, il est pour le moins permis de dire que le tollé qu'il a suscité est sans commune mesure avec le silence honteux qui dans les milieux bien-pensants, y compris journalistiques, accueille depuis des décennies les dénonciations de parents refusés à l'inscription pour port de patronyme inadéquat.
Cette couverture biaisée de l'information ne porte d'ailleurs pas uniquement sur l'enseignement. C'est aussi le cas sur le plan communautaire. Sans vouloir porter du crédit à la politique hégémonique flamande que défend trop souvent la presse du nord, l'analyse que fait la presse francophone de la situation de ses lecteurs dans les communes à facilités de la périphérie transpire elle aussi le vécu de ses éditorialistes fransquillons dont certains ne sont parfois pas bien loin de comparer la vie de leurs congénères à celle des déplacés du Kivu.
Durum
Un nombre très important de responsables de rédaction et de journalistes chargés de l'analyse institutionnelle en Belgique francophone habite des quartiers privilégiés dans le sud-est de Bruxelles, en périphérie (flamande) de la capitale (dans les communes à facilités), et en Brabant wallon, soit les régions où se sont révélés une série de problèmes, minoritaires, mais surexposés dans la presse.
Sans vouloir porter aux nues un décret, dont on peut à tout le moins saluer la courageuse volonté d'avoir voulu s'attaquer à un problème majeur dans la société, les inégalités sociales, singulièrement dans l'enseignement, il est pour le moins permis de dire que le tollé qu'il a suscité est sans commune mesure avec le silence honteux qui dans les milieux bien-pensants, y compris journalistiques, accueille depuis des décennies les dénonciations de parents refusés à l'inscription pour port de patronyme inadéquat.
Cette couverture biaisée de l'information ne porte d'ailleurs pas uniquement sur l'enseignement. C'est aussi le cas sur le plan communautaire. Sans vouloir porter du crédit à la politique hégémonique flamande que défend trop souvent la presse du nord, l'analyse que fait la presse francophone de la situation de ses lecteurs dans les communes à facilités de la périphérie transpire elle aussi le vécu de ses éditorialistes fransquillons dont certains ne sont parfois pas bien loin de comparer la vie de leurs congénères à celle des déplacés du Kivu.
Durum
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